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"CONSULTING" : UN ROMAN NOIR DE FRANCOIS THOMAZEAU :

 Certains romans vous font du bien. Mais vous devez reconnaître que le plaisir que vous prenez vous fait l’effet d’un étrange visiteur dont vous ne savez pas trop s’il est pervers ou vicieux ou peut-être les deux à la fois. Je m’explique. Vous vous êtes sûrement demandé quelle était au fond la psychologie de ces spécialistes de la souffrance au travail, ces prisonniers du cerveau gauche qui ont, en trente ans, débarrassé la France de la plupart de ses industries… Vous savez, ces types en costumes de marques qui éprouvent à peu près autant de sentiments envers leurs semblables qu’un anaconda au moment où il s’apprête à avaler un porcelet. Ceux dont les parents se sont saignés à blanc pour qu’ils fassent des études dans les meilleures écoles et  jouissent effectivement d’une situation enviable. Des personnages qui ne peuvent guère fréquenter que des individus qui font le même job qu’eux parce que les histoires qu’ils ont à raconter ne peuvent justement l’être. Des gens qui sont à l’entreprise ce que la médecine légale est à la médecine, des êtres froids, fiers de leur insensibilité, des brutes qui fleurent bon Dior ou Hermès et qui passent leur vie à préparer des plans de restructuration qui se soldent par des milliers de licenciements.  Je suis certain que vous vous êtes intéressés au moins une fois dans votre vie à ces grands sacrificateurs et que vous vous êtes peut-être dit qu’au fond il n’y avait pas grand différence entre  l’un de ces types et un tueur à gages.  Eh bien vous aviez raison…
François Thomazeau, dans son excellent roman “Consulting”,  pousse votre intuition jusqu’au bout. Son consultant Antoine Jacob est un homme vraiment doué pour son travail.  C’est un finisseur, un homme qui sait prendre soin des petits détails . Un ultra libéral qui évite les états d’âme. Il s’occupe de ceux qui n’obtempèrent pas assez vite, ceux qui ne comprennent pas que tout va très vite et qu’ils doivent dégager  du décor.  Disons qu’il hâte la fin de ceux qui n’arrivent pas à en finir par eux-même, comme le veut une logique capitaliste bien comprise : chefs d’entreprises obsolètes, syndicalistes récalcitrants, DRH un peu trop portés sur le “modèle social”… En résumé tous ces grains de sable qui ralentissent le mécanisme du grand dessein ultra libéral : libre marché, libre concurrence et plans sociaux pas plus douloureux qu’un suppositoire à la glycérine. 
Antoine Jacob est le consultant qui éteint la lumière sur le dernier cadavre et qui laisse le petit écriteau “fin de l’histoire” parce qu’après lui il ne reste rien.  Il travaille pour le compte de La Boîte, entité qui hésite entre la société secrète, l’association mafieuse et évidemment le réseau de tous les intérêts patronaux.  La Boîte apprécie le travail bien fait et il faut reconnaître que, dans ce domaine, Antoine Jacob est une référence. Intervention rapide, sans douleur et sans aucune trace.  Le crime parfait … presque à chaque fois. 
Pourtant nous ne le savons tous, le modèle ultra libéral est sans pitié même avec les meilleurs et La Boîte va finir par souhaiter finalement liquider le liquidateur.
Mais Antoine sera sauvé … non par lui mais par ce qu’il exècre le plus : un syndicaliste qui tire plus vite que son ombre.  Dans le genre affreux jojo, ce sauveur inopiné pèse son poids de colère et de ressentiment, victime du dernier plan de restructuration de La Boîte. Pascal a obtenu, comme souvent , une prime spéciale du destin : sa femme l’a quitté pour son meilleur ami.
Un peu contraints et forcés nos deux hommes vont constituer une alliance contre nature dans le genre pacte germano-soviétique mais pour le coup d’une efficacité redoutable. Mieux vaut dégager rapidement de leur route parce que nos deux despérados ne feront aucun quartier.
Je ne dévoilerai rien de plus pour vous laisser tout le plaisir de la découverte . “Consulting” est une oeuvre noire et caustique dont la narration ne flatte évidemment pas notre compassion. Mais soyons clairs, François Thomazeau s’intéresse à une catégorie d’hommes qui répand depuis une vingtaine d’années le stress, la peur et parfois le désespoir dans les entreprises. Des hommes et des femmes si bien attentionnés qu’ils sont parvenus à désindustrialiser notre pays en trois décennies. Beau palmarès ! Ces grands prêtres de la souffrance au travail, de l’acharnement managérial, et de l’absence absolue de remords sont désormais partout : dans les entreprises, les groupes de presse, les hôpitaux et même l’Education nationale…  Et, avouons-le, nous ne les aimons pas beaucoup ! Alors quand ils deviennent eux-mêmes les victimes d’un plan de restructuration décidé à la sauvage par deux vrais méchants qui évitent même à la société de leur payer des indemnités chômage , là on rigole vraiment. Je sais, je sais, on ne devrait pas, c’est mal de ressentir pareil sentiment pour des gens qui n’en ont jamais eu, des sentiments, mais bon je vous le disais …ça fait vraiment du bien !
 
ARCHIBALD PLOOM (2011)
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