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SUMSIC : ETAT D'ARMES par ARNAUD LANKIRI :

Dans le rock il vaut mieux sortir armé, c’est bien connu. Non qu’il soit une invention texane mais plutôt parce que c’est un genre musical où il est de bon ton de ne pas se laisser marcher sur les pieds. L’arme absolue dans le rock c’est le son.  Pete Townshend avait résumé l’affaire dans une formule lapidaire : “La puissance, c’est le volume !” depuis les choses n’ont guère évolué, au point que les gens de ma génération  sont tous définitivement sourdingues.

Reste que les groupes français ont du mal à se faire une place parmi l’élite des formations qui ont eu le privilège de passer le mur du son. Téléphone à son époque, Trust, Noir Désir, Daf Punk. Pas grand monde en vérité… et puis le son est tout riquiqui. A se demander si les ingénieurs du son français ne laissent pas le capot de leur table de mixage ouvert au point que les trois quarts de la puissance sonore se fassent la jaquette par le fil du téléphone… Je dis ça par expérience. J’ai des exemples… Si je me rappelle bien, l’album “Dure limite” de Téléphone avait été enregistré en 1982 par Bob Ezrin, l’un des meilleurs producteurs de l’époque. Ezrin avait travaillé avec Alice Cooper, Le Floyd, Lou Reed, The Kings, Aerosmith, Peter Gabriel, Kiss et j’en passe… En d’autres termes la pointure absolue quand il s’agissait de graver les murs de Marshall sur le Vinyle ! Eh bien le constat est terrible, Téléphone est resté un groupe de MJC concernant la performance sonore. Quelques mois plus tard   Glyn Johns, producteur des WHO, s’y colle à son tour pour l’album “Un autre monde”. Constat similaire. J’en ai déduit que les groupes français n’avaient pas que la barrière de la langue à franchir, cette dernière se doublait de celle du son …

J’ai reçu dernièrement un LP de six titres du groupe SUMSIC et je me suis dit que ce serait bien qu’une Major (on devrait peut-être les appeler les Minors maintenant …) leur dégage un budget pour enregistrer avec un type du niveau des deux précités.  J’imagine que nos quatre girondins ont tordu le cou à leurs économies pour produire cette galette ma foi fort vitaminée.   Le titre “Je tombe” (http://www.dailymotion.com/video/xktd8f_sumsic-je-tombe_music) tourne sur Internet et rencontre auprès des internautes un succès très encourageant.  La Gironde n’a pas seulement fourni la version libérale de la Révolution française, elle a aussi contribué à la légende du rock français en lui fournissant quelques formations de renom dont NOIR DESIR fut évidemment le porte-drapeau en son temps.

SUMSIC séduit par sa formation immédiatemment offensive. Le groupe se passe aisément de clavier au profit d’une paire de guitares au profil acier trempé et d’une section rythmique sans concession. Nos quatre acolytes ne s’embarrassent pas de faux effets, ils pratiquent un rock qui vous frappe comme la caisse claire de Quentin Pavis. La voix d’Arnaud Sicaud parvient à franchir la haie de barbelés que la guitare d’Anthony Bordessoulles oppose à l’air du temps comme la DCA nord-vietnamienne sous les bombardements US et la basse d’Eric Fausto propose une intéressante sonorité qui fait beaucoup penser au John Entwhistle des années 70.

On sent que le groupe a l’habitude de fournir sur scène une énergie qu’il n’est jamais simple de transmuer en studio. A ce titre “Ame endormie” constitue le morceau qui parvient à faire sauter l’alambic. L’alcool du groupe se répand dans nos veines nous entraînant aux portes du délirium. 

Sur l’ensemble des titres on sent bien que le groupe a un potentiel qui ne demande qu’à franchir l’Atlantique pour rencontrer  Phil Spector qui coule actuellement des jours heureux en prison.  Plaisanterie à part on trouve chez SUMSIC une influence australienne indéniable, pas celle des planches de surf, mais plutôt celle des métallos de chez ACDC ou AIRBOURNE.

Il faut souhaiter qu’une maison de disques que le piratage n’a pas encore achevée puisse aider le groupe à franchir enfin le mur du son…

ARNAUD LANKIRI (2011)

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