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LA CONFESSION D'UN FOU de LEÏLA SEBBAR par MARIE-PAULE DELPEUX :

« La confession d’un fou » est un conte oriental où se mêlent chevaux, plateaux désertiques, vengeance,  sacrifice et folie.

Leila Sebbar nous livre une fable noire, intime et politique dans laquelle les personnages n’ont pas de nom. Les hommes sont fiers et taiseux et ne craignent pas la mort, les femmes sont passionnées, aimantes et spectatrices d’un monde qu’elles subissent ou acceptent en silence et les enfants sont chargés d’un lourd héritage  qui les conduira jusqu’à la folie meurtrière.

Le narrateur est le fils unique d’une famille riche et cultivée. On l’imagine né dans une contrée de l’orient où les odeurs de cyprès, de mimosa, de musc ou de cédrat rythment les longues journées à attendre le retour d’un père, personnage de légende,  trop distant, trop secret et admiré. Il ne rentre jamais longtemps, il repart chevauchant son étalon, arpentant les déserts. Tout le monde le sait, même si personne n’en parle, il rencontre d’autres femmes mais il revient toujours auprès de la seule qu’il aime, qui l’attend sans poser de questions, patiente. Est-il monstre barbare, résistant d’une société corrompue ou extrémiste froid, animé par le sens de l’honneur et d’une justice exercée dans la violence ?

 Sa mort, que l’on apprend dès les premières lignes, fera de son épouse la « folle des Plateaux ». Cette mère attentive et dévouée conte inlassablement à son fils l’histoire d’Abraham acceptant de sacrifier son fils Ismaël à Dieu, étrange initiation à son propre sacrifice.

Les personnages de cette « confession » se débattent dans un monde où l’on devient Chef Suprême par la violence, où l’on sacrifie  pour la Liberté, la Justice, le Peuple, même s’il ne demande rien.  Les résistants sont tués pour l’exemple, les hommes manipulés, mais la révolte gronde. Comment alors  ne pas inscrire cette fable dans un contexte plus vaste, plus politique qui fait naturellement écho à des événements très actuels ?

« La confession d’un fou » est un roman noir. Il n’offre pas d’alternative à la violence, violence des personnages qui semblent voués au sacrifice ou à la recherche de la justice par le meurtre, violence d’un pays livré à la corruption, au vice et au chaos, violence des sentiments qui entrainent les personnages dans des actes extrêmes qui n’auront pas d’issue.

Ce oeuvre interroge par les thèmes traités. Elle offre au lecteur plusieurs niveaux de lecture. Le meurtre, la barbarie semblent orienter  les individus vers un destin tragique mais les Etats eux-mêmes semblent englués dans un chaos dont on les imagine difficilement se sortir autrement que par la violence.

Conte pessimiste ? Sûrement car ce roman nous dépeint la noirceur d’un  monde cruel.  Les personnages de « La  confession d’un fou » sont écrasés par un destin digne d’une tragédie grecque qui prend une résonnance nouvelle à l’heure des printemps arabes.

Mais au fond  comment le lecteur peut-il supporter tant de noirceur ? Pour ma part, probablement grâce aux personnages. Avant tout celui de la mère passionnée telle une Antigone face à la mort du mari aimé, celui de son fils, déterminé dans sa violence criminelle mais dont on perçoit la fragilité au fil des courts  chapitres de son journal, et puis aussi la sourde résistance d’un peuple manipulé et opprimé qu’on perçoit au fil des pages.

MARIE-PAULE DELPEUX (2012) 

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