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UN CERTAIN PETROVITCH de FABRICE LARDREAU par JULIE ORTIZ-SYLLA :

« Allez ouvrir la porte Madame Humbert, je vous prie... ».

Cette injonction à la femme de son patron va être le point de départ de « l'ère pétrovitchienne » et de la métamorphose complète de Patrick Platon Pétrovitch.

Petrovitch, la quarantaine, caractère effacé,  mène une vie monotone de chef comptable dans une entreprise comme il en existe des milliers. Célibataire, sans ami, sa vie est réglée autour du travail : réveil à 6h45 heure de Greenwich pour prendre le RER  de 7h46 ;  calzone (souvent) carbonisée à la pause du midi ; le soir RER B 18h02, gare du Nord . Cela dure depuis 7 ans. Pourquoi ? Petrovitch a perdu son « manteau » .  

Pas n’importe lequel évidemment … « Le manteau »  est une nouvelle de Nicolas Gogol qui a lue dans son adolescence, l’année du bac et de ses 17 ans, et qui a marqué sa vie.

Il va donc partir à la quête de « son manteau » « et pas question ici de prêt à porter ». Il s’agirait plutôt de passion qui transcende tout, d’une ambition qui maintiendrait en vie.

Son manteau, c'est un manteau de super héros, brillant, célèbre, reconnu, envié et important dans la société. Une affiche va l'aider : celle de Spiderman. 

A l'instar de l'homme araignée à New York, Petrovitch lance sa toile sur Paris.Il va relever défis sur défis : 21H, station Saint Michel, t-shirt rouge de Spiderman sous la veste de costume, Petrovitch assiste à l’agression d’une jeune femme par 3 minables. Son sens arachnéen en alerte, il bondit  pour les admonester, sauve la jeune femme … une lame s’enfonce dans sa cuisse, un coup sur la tête…réveil à l’hôpital… 

Arrive alors l’exploit du RER B, qui va le projeter sous les feux de la rampe.

18H02, Pétrovitch aperçoit une valise, à terre, à quelques centimètres…Dans le wagon, les investigations commencent pour dénicher le propriétaire, en vain. C’est une bombe, c’est sûr, il prend les choses en main : prochaine station Chatelet Les Halles, il s’empare courageusement de la valise et la jette par la fenêtre…

Cette intervention incomprise s’avèrera être quelques temps après un véritable exploit qui le propulsera au rang de super héros.

Son statut est désormais officiel ! Interviews et parutions dans la presse s’enchaînent, le Président de la République l'invite, la secrétaire tant convoitée succombe, ses collègues l'adulent, il obtient une promotion...

Mais pas de Super Héros sans formation : la nuit, il s'évade à New York, dans une académie spéciale afin de se perfectionner.

Pourtant cette ascension fulgurante ne va pas tarder à le dépasser complètement. Une tâche sombre envahit peu à peu son être, Pétrovitch ne maîtrise plus ses actes. Sa vie se disloque : séparation, licenciement et condamnation pour des actes dont il n'a aucun souvenir... De manteau en manteau, jusqu’au précipice… adulé le matin puis conspué le soir venu… Le statut de super héros s’avère très fragile.

Mais voilà une nouvelle affiche « Pirates des Caraïbes 4 »,  le nouveau super héros est désormais Jack Sparrow.

  Un nouveau manteau  pour Pétrovitch, qui le projette dans le futur, l’emporte vers une nouvelle aventure, pleine d'espoir et d'ambition.

Fabrice Lardreau propose ici un roman moderne, original et drôle à travers les métamorphoses de Patrick Platon Pétrovitch. L’auteur nous entraîne par ailleurs sur les chemins buissonniers de dimensions littéraires et artistiques  tout à fait passionnantes à travers les évocations de Gogol, de Saint Petersbourg, de Vladimir Nabokov, des Beatles et des Who...

Il nous incite habilement à découvrir l’œuvre de Nicolas Gogol, et plus particulièrement sa fameuse nouvelle du manteau d’Akaki Akakievitch.

Au fond Lardreau réussit très bien son coup puisqu’à travers Pétrovitch  il renvoie  aux buts que chaque homme poursuit dans sa vie, au rêve passionné que chacun cache sous le décor d’une vie ordinaire et au flirt secret que beaucoup entretiennent avec la folie. 

Et vous, quel serait « votre manteau » ?

JULIE ORTIZ SYLLA (2012)

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