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SEANCE 53 : ALICIA ET LE CHAUDRON MAGIQUE :

Quand je suis arrivée dans la cage d’escalier de l’immeuble de ma psy, une agréable odeur de cuisine a envahi mes narines, et aiguisé mon appétit. Derrière une de ces portes en bois s’affairait sans doute une cuisinière émérite comme ma mère. Elle devait porter un tablier à fleurs ou à carreaux, ma mère avait pendu dans son placard un bon nombre de tabliers. Comme si une armée de marmitons pouvait débarquer à l’improviste et  les revêtir avant de s’agiter derrière les fourneaux.

Aucun n’était vraiment usé, aucun n’était vraiment sale.

Elle devait en les mettant opérer un savant roulement.

Je la préférais en cuisinière à tablier fleuri.

J’ai pensé que savoir cuisiner était héréditaire, mais j’ai vite su que, dans mon cas, cela ne l’était pas.

Voir ma mère préparer des repas pendant des heures, et de les savoir ensuite engloutis en si peu de temps, me poussa à renoncer à cette activité.

J’ai rapidement établi que j’étais, que je serais et je resterais une mauvaise cuisinière et je m’applique à m’y tenir.

Ce n’est pas que je n’aime pas recevoir, ce n’est pas que je ne sois pas nourricière, mais ma façon de prendre soin de l’autre ne passe pas par lui mitonner de bons plats.

En tant que mère, j’ai consenti à quelques sacrifices culinaires, j’ai fabriqué des petites soupes mixées et autres plats minuscules car j’avais alors testé les petits pots pour bébé et ne les avais pas trouvés de bon goût.

J’étais cuisinière par devoir de mère.

Aujourd’hui je rêve d’un chaudron magique et d’un frigo à la Mary Poppins.

Les courses alimentaires me dépriment.

Je n’aime pas les grands supermarchés, la couleur des néons, les files d’attente en caisse, les produits qui se dérobent à ma vue noyés qu’ils sont au milieu de ceux dont je n’ai pas besoin.

Je n’aime pas me réfrigérer au rayon des surgelés.

Je déteste remplir mon caddie, quant au final je constate que rien ne correspond à un menu, car je suis bien incapable d’établir les menus d’une semaine, je peux au mieux faire une liste approximative que le plus souvent j’oublie en partant.

J’erre alors, et je pioche à droite, à gauche selon l’inspiration ou selon le niveau de ma faim du moment.

Cuisiner est un art que j’apprécie, aux restaurants ou quand je suis invitée.

Il prend un sens tout autre.

En réalité j’ai fabriqué des anticorps. Je me bats avec cette obligation quotidienne …
A l’heure des repas, je rêve de me transformer en princesse, de mettre les pieds sous la table, de soulever la cloche en argent pour découvrir des mets légers délicieux, en contrepartie, je veux bien me transformer ensuite en Cendrillon et faire la vaisselle.

ALICIA RAHO (2012)

Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure

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