
Cœur de nuit, je suis réveillée.
Je tourne et me retourne dans mon lit.
En insomnie, il faut se lever, ne plus résister, lâcher prise.
Inutile de se mettre à essayer d’attraper le sommeil comme un pêcheur un poisson, c’est peine perdue.
Alors je me suis levée, j’ai fait un lait déca chaud sans sucre, léger petit goût amer.
Je me suis mise devant l’ordi et j’ai laissé mes mains filer sur le clavier.
Ce n’est pas parce que je produis du jus de cerveau que je ne dors pas.
Si je ne regagne pas les nimbes du sommeil rapidement il me restera à regarder un DVD.
C’est quand on est réveillé au milieu de la nuit, quand tout est endormi, que le silence est roi, que les pensées se mettent à germer, et à tourner dans la tête, comme dans une centrifugeuse.
À ce moment comme on est en faiblesse, elles en profitent et passent à l’attaque, se mettent à défiler en file indienne, les unes derrière les autres, sans relâche, ne nous laissant aucun répit, c’est une attaque en règle.
Il faudrait alors sortir l’aspirateur et se mettre avec énergie à faire le grand ménage, pour tout nettoyer et du même coup aspirer les idées dérangeantes.
Mais au cœur de la nuit, à part si on vit seul en ermite loin de toute autre habitation, on hésite à se lancer dans une telle activité.
Les touches du clavier restent de loin plus silencieuses.
Si les séances de thérapie avaient lieu la nuit au saut du lit, elles seraient sans aucun doute plus efficaces.
Mais les psys gagneraient moins bien leur vie, car elles seraient plus courtes.
Il faudrait ouvrir une clinique du sommeil.
On serait réveillé à tour de rôle pour une séance « psy pyjama ».
Dans cette tenue, on se sent plus vulnérable.
J’imagine ma psy, pour être en concordance, m’écouter elle en robe de chambre moi en pyjama.
Franchement quand je me vois debout à 2h et demie du matin à gamberger ainsi je n’ai plus de doute sur le fait que ma thérapie est loin d’être terminée.
Je l’imagine me disant « Je vous en ressers une petite tranche Alicia, vous avez encore une petite faim ? »
« Une belle tranche s’il vous plaît oui je préfère. »
Il est pourtant parfois lourd à digérer ce cake de vie.
Il faudrait une tasse de thé citron pour aider à le faire passer.
Ou plutôt un petit verre d’eau de vie, c’est encore plus efficace et en plus il paraît que ça aide à dormir.
ALICIA RAHO (2012)
Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure
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