Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
JE VOUS DIS MERDE de Philippe SFEZ par Sylvie LAMBERT :

Philippe Sfez nous livre un premier roman, tout empreint de son talent de publicitaire, de réalisateur et d'acteur. C'est une trilogie d'une drôlerie rare, au rythme époustouflant, dotée d'un générique et divisée en trois actes, même si l'auteur prétend un peu crûment que le théâtre l'a "toujours fait chier", "des millions de personnages, les uns derrière les autres ! Voilà du théâtre où on n’avait pas le temps de s'emmerder ! Et ça s'appelle du cinéma !" Il met cependant en scène le scénario de la vie ridicule et hilarante du monde du cinéma. Le ton est donné dès le prologue du premier acte avec cette citation de Woody Allen: "Je ne crois pas en une vie future mais je prendrai quand même un slip de rechange." L'acte un évoque trois amis. Slimane Shetan, réalisateur, devenu célèbre grâce à ses prouesses sexuelles et dont les films ont des titres plus qu'évocateurs ("Trop bonne, trop conne)." Jean-Octave Grossaint, producteur "arrivé", nanti d'une femme Sandy et de quatre marmots, enfin, le héros meurtrier Shlomo Slipenstein, scénariste raté, vivant dans un immeuble de "loser" avec son petit garçon, sa mère Talulah est morte en accouchant.


 Pour une vulgaire histoire de fesses, Shlomo tue méthodiquement Shetan, il le rate, mais son ami est dans le coma ; sur une idée de son fils, il laisse accuser JO, qui prend dix ans, se fait tabasser à la prison et ... comate à son tour. Puis c'est au tour de Shlomo de sombrer dans cet état. Il est assassiné par Sandy qui lui révèle auparavant qu'il n'est pas le père de Zlotan.
Les trois compères se retrouvent au "transit" où ils rencontrent Dieu, acteur "né", qui, pour l'heure a les traits de Tony Montana. Il leur lance comme défi, s’ils veulent retourner sur terre de faire un "bon film français" où il jouera TOUS les rôles, sauf ceux des animaux, notre Seigneur refusant "catégoriquement" de jouer l'otarie qui parle en langage des signes ... Pour Dieu, "le septième art, c'est le septième ciel".
Tout le texte est baigné d'une culture cinématographique ENORME, nos contemporains célèbres sont caricaturés d'une telle manière que le fou-rire est assuré !
 Acte deux : Zlotan se retrouve en psychiatrie pour avoir tué Sandy Grossaint le jour de ses quatorze ans, après le meurtre de son père. Il fait des ravages, séduisant tant les filles que les garçons.


Repéré par la nouvelle directrice, la belle Solana Sefaloss, il est libéré à condition de lui "appartenir" à l'extérieur. Elle le laisse deux ans sans nouvelles, il vit dans la rue et se parfume à l'éther pour éviter le contact avec ses congénères, ce qui lui vaut le surnom charmant d’ « Adolf Ether ».
Il rencontre Jacques Quérouaque, qui allait lui raconter l'histoire de son fils, Orfeu Banana, un enfant de couleur banane carioca, quand la directrice le rappelle et lui demande de devenir sa putain.
L'auteur nous entraîne dans des soirées "branchées" où les dirigeants de notre pays "pataugeant dans leur stupre" sont giflés à la volée par Solana, quand leur plaisir tarde trop.
Accompagnant son copain Frankie à un casting, il est recruté comme acteur porno et décide de changer de nom, il devient Z Banana.


Au-delà des anecdotes "croustillantes", de ces délires, on trouve des interrogations beaucoup plus sérieuses  sur l'existence de Dieu, la paternité, les castings et l'angoisse de ceux qui les passent.  Z Banana est persuadé qu'au casting,  ils sont en train de délester Frankie de ses reins et de son foie pour les refiler "à cette outre éthyloviticole de Gérard Depardieu."
-sur l'atmosphère désolante du monde du cinéma : "Adultère, corruption, conspiration, vengeance et tant d'autres péchés inavouables qui entourent le septième art depuis sa création."
- sur la finalité du métier d'acteur : "Acteur n'est pas une fin en soi."
-sur la littérature et le beau langage: "La littérature, voilà un noble art auquel il me siérait de me confronter." Z Banana reproche à Frankie de ne pas parler correctement: "A moins que tu ne cherches à plagier ces pauvres hères ânonnant ce jargon de banlieue qui a envahi le pays tout entier au cours des dernières décennies."
Acte trois: "Play it again Slimane!"
Après avoir passé quinze ans avec Dieu pour réaliser le bon film français, Slimane se réveille, ses deux potes ont manqué à leurs obligations à l'égard du Seigneur et sont donc tout à fait morts.
Le problème, c'est que Slimane, ex-bête de sexe, ne ressent plus la moindre érection.

   L'auteur en profite pour dénoncer la piètre qualité des productions pornographiques, qui ne cherchent même pas la vraisemblance : "Ce connard de caméraman n'a pas vu qu'il se reflétait sur la glace ? Ce connard de monteur n'a pas vu que les hurlements de la fille sortaient d'une bouche fermée ?"
Le désespoir de Slimane devant son absence de virilité est remarquablement traduit :
"Sans elle, je ne suis rien, que l'ombre de moi-même, un fantôme errant sans but, ni patrie, un pantin désarticulé au sein d'un désert de givre."
Dieu merci, rejoignant, enfin, sa belle épouse Francesca Vigodoï à Los Angeles, il est pris d'une violente envie de lutiner la vieille et affreuse femme de ménage de la maison. Toute ressemblance avec des personnes, ayant existé...

L'auteur enfonce le clou : "Parfois entre violer une femme de chambre et mener la grande vie, il faut peser le pour et le contre." Slimane est également très intrigué par la mutation du langage opérée pendant son coma, plus personne ne dit de gros mots, lui même, n'arrive plus à prononcer le mot "bite", tout cela est dû à l'influence planétaire du livre de Z Banana: "Expression et littérature pour Tous les enfants du Seigneur ou l'enseignement d'une Vision Globale." Ce livre a transformé les gens, l'amant de sa femme Georges Clooney, "le plus pathétique Batman de tous les temps", décrit en peintre bedonnant (irrésistible !), veut même alerter le gouvernement américain, car ce message d'amour et de douceur s'apparente, pour lui à une menace terroriste !
Le roman se termine par cet hymne à l'amour et à la famille, alors que, jusqu'ici Slimane ne revendiquait que la seule paternité de ses films.
"La célébrité, l'argent, le sexe, le pouvoir, le cinéma, tout cela n'est rien. Une famille qui vous aime et vous estime, c'est la seule chose qui compte sur cette Terre." J'ai oublié de vous dire que Slimane est le vrai père de Z Banana, mais il y a tant de détails dans ce roman que je ne peux que vous conseiller de vous le procurer aussi rapidement que possible, de vous vautrer dans votre canapé, parlant ou pas et de vous en délecter sans modération, comme un cocktail "détonnant".

SYLVIE LAMBERT (2012)

-                                                                                                                                                                            

Le classement Romans CULTURE CHRONIQUE

 

-                                                                                                                                                                            -

Partager cette chronique:
Littérature
Rechercher par Auteur :