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SÉANCE 56 : LE BAISER :

En arrivant chez ma psy, devant le porche un couple s’embrassait amoureusement.

Je n’ai pas pu m’empêcher de les regarder.

En repartant j’ai revu le même couple à la terrasse du café, en face de l’église Saint-Sulpice. Elle avait la tête posée contre son épaule et il lui caressait les cheveux, puis quand elle a tourné son visage, il s’est penché pour l’embrasser. Il n’en finissait pas de l’embrasser.

Et je n’arrivais pas à détourner mes yeux de ce baiser  de cinéma.

Ils semblaient être âgés de 50 ans, mais ils s’embrassaient comme des adolescents, je me suis demandé si c’était un nouveau couple, un couple recomposé ou un couple illégitime.
Une chose transparaissait, à cet instant là ils étaient amoureux.

Ce ne pouvait être un baiser de séparation, ce devait être un baiser de retrouvailles, baiser  attendu et reproduit à l’infini pour s’assurer que l’autre est bien là pour nous, et qu’il ne va pas disparaître le baiser achevé.

Ce baiser m’avait plongée dans une légère mélancolie.
Se pouvait-il que l’on s’embrasse ainsi toute une vie, avec cette même ardeur, ce même désir, que l’on s’embrasse au milieu des autres comme si nous étions seuls oublieux du monde alentour.

C’est fou le plaisir que procure le baiser.

Il est le déclencheur d’ondes de désir.

On en garde longtemps le goût sur ses lèvres, les images intérieures, les sensations charnelles, et les sentiments qui en découlent.

Ne plus être embrassé doit être la pire des choses qui puisse arriver à un être.

Ne plus sentir cette chaleur qui envahit le corps, cette porte ouverte vers cet ailleurs  de l’intériorité, quelle terrible douleur ce serait pour moi.

Un baiser les yeux fermés, ou un baiser yeux dans les yeux qu’importe, pourvu qu’il y ait l’ivresse.

Ce chavirement, cet abandon comment peut-on en être privé ?

Je pense à toutes ces personnes âgées laissées dans leur solitude, ce n’est même plus un baiser qu’elles espèrent, c’est simplement un mot, un geste, l’ombre d’une caresse sur leur peau.

Y a-t-il un dernier baiser comme il y a un premier ?

Je me souviens de mon premier arraché de force par un adolescent de 13 ans derrière la maison, il était censé s’occuper de moi, il m’avait collée contre le mur et plaquait violemment sa bouche sur la mienne, j’ai manqué défaillir de peur, je devais avoir 8 ans, je pensais que j’allais tomber enceinte, il m’a menacée de représailles si je le dénonçais à mes parents. J’en ai parlé mais beaucoup plus tard, et je me suis arrangée pour ne plus jamais me retrouver seule avec lui.

Puis il y eut le premier donné et reçu, devant l’arrêt de bus à la sortie du lycée, du bout des lèvres à peine effleurées, je ne sais qui des deux s’est penché vers l’autre j’avais alors 16 ans. Un baiser qui annonçait la venue du prochain, le vrai, celui qui imprima définitivement l’amour que j’ai du baiser.

ALICIA RAHO (2012)

Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure

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