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OF MONTREAL : PARALYTIC STALKS par JULIE DELORT ET ARNAUD LANKIRI :

Il arrive que les ruptures apportent aux artistes la matière brute nécessaire à leur créativité, mais il peut arriver aussi qu’elles les entraînent dans des voies complexes où sans issue. Le nouvel album de Of Montreal semble confirmer cette hypothèse ; Kevin Barnes débarrassé de son alter ego Georgie Fruit, s’engage résolument dans une introspection dont la transcendance reste encore à prouver au terme d’une écoute qui nous a laissé circonspects. Au fond, l’avantage des groupes c’est qu’ils constituent pendant le temps qu’ils durent  des machines à produire des œuvres musicales grâce à l’équilibre  précaire  des personnalités qui s’enrichissent de leurs différences. Ecrire un essai sur  la vie et la mort des groupes de rock n’aurait  rien à envier à une thèse sur la thermodynamique ; il se trouve que le départ de Georgie Fruit a laissé un vide perceptible à l’écoute du  onzième album de Of Montreal. L’entropie s’est engouffrée entre les pistes numérotées de la table de mixage du studio où Kevin Barnes travaillait, livré à des obsessions qui ont fini par dévorer jusqu’à sa création.

Kevin Barnes part d’une donnée de plus en plus commune  à l’humanité : les ruptures conjugales. Chacun le sait maintenant rien n’est moins simple que d’entretenir la durée avec un partenaire de l’autre ou du même sexe. C’est ainsi. Et donc Barnes a décidé de construire son opus sur les ruines de son mariage, à travers le genre de pensées que la plupart des gens passent une vie à dissimuler, tant elle peuvent paraître violentes ou foncièrement déprimantes. On pourrait trouver le pari intéressant sauf que traduit musicalement, il donne à peu près le même résultat sur votre pauvre conscience qu’une nuit à écouter le soliloque d’un(e) ami(e) cher(e) qui vient de se faire larguer par l’amour de sa vie. A la fin c’est vous qui vous jetez dans le premier fleuve qui passe par là. D’ailleurs le titre d’ouverture « Gelid Ascent » nous plonge sans complaisance dans une cacophonie qui souligne bien l’état profondément dépressif de notre homme.

Soyons clairs, musicalement cet album est une voiture folle dérapant de la pop sympathique à la Todd Rundgren sur « Dour Percentage » et « We Will Commit Wolf Murder » aux complaisantes flaques d’huile entretenant la confusion entre classicisme et post modernisme et terminant sa course dans des  errances musicales illustrées par des morceaux tels qu’« Exorcism Breeding Knife » et « Authentic Pyrrhic Remission » dont l’énoncé des  titres devrait mettre quiconque en garde.

Nul doute que ce travail fut cathartique pour son créateur mais à l’arrivée « Paralytic Stalks » vous laisse dans un étrange état de confusion qui ne présage rien de bon au moment où vous risquez de recevoir votre premier tiers provisionnel … Il ne faudrait pas qu’en plus  votre chère moitié vous annonce d’une voix faussement affectueuse : «  Il faut qu’on parle tous les deux… »  Proposez lui d’écouter  « Paralytic Stalks »  avant de prendre une décision hasardeuse…

JULIE DELORS et ARNAUD LANKIRI (2012)

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