Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
DEUX CHEMINS DE SAGESSE : PETITE ANTHOLOGIE SPIRITUELLE et LE JARDIN DES SENS :

Les éditions Albin Michel nous proposent chaque année des ouvrages que l’on classe généralement dans le rayon spiritualité et qui sont autant de méditations sur nos existences, le cours des choses et notre présence au monde. Pourquoi se priver de l’expérience de ceux qui ont poursuivi un idéal de sagesse durant les siècles passés. Que l’on soit croyant ou non, il y a toujours quelque chose à tirer du parcours parfois complexe, souvent difficile, de ceux qui ont tenté de s’élever quand beaucoup d’autres se perdaient dans l’obscurité des siècles. A ce titre j’ai retenu parmi mes lectures deux ouvrages : la PETITE ANTHOLOGIE SPIRITUELLE POUR RÉENCHANTER LE QUOTIDIEN d’Anne Ducrocq et LE JARDIN DES SENS  de Nathalie Nabert.

Anne Ducrocq nous propose une PETITE ANTHOLOGIE SPIRITUELLE POUR RÉENCHANTER LE QUOTIDIEN  qu’elle a divisée en 3 grands chapitres : La voie de la vie quotidienne, Vers le meilleur de soi-même, Marcher vers les hommes. Voilà de biens jolis projets en vérité. Et pour cela Anne Ducrocq nous propose de boire à la source des sagesses universelles depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Les extraits qu’elle a retenus pour nous sont d’une immédiateté limpide comme cette sentence de Séraphin de Sarov : “Faites comme la bougie allumée qui éclaire elle-même et, sans amoindrir sa propre flamme, allume d’autres bougies pour éclairer d’autres endroits”. Ou encore ce proverbe mandchou : “La honte n’est pas d’être inférieur à l’adversaire. C’est d’être inférieur à soi-même.”

Anne Ducrocq nous propose un voyage à travers les millénaires mais aussi dans l’espace de notre monde. On comprend alors qu’il y a toujours eu des flammes de sagesse ici ou là, des flammes qui d’une conscience à l’autre sont parvenues jusqu’à nous. Cette PETITE ANTHOLOGIE SPIRITUELLE devient alors un viatique indispensable qui parfois nous invite à sonder  la complexité du monde. Ainsi ces paroles de Milarepa :

 

”Prenez l’exemple de soleil et lune,

Méditez sur la clarté sans l’ombre !

Prenez la montagne en exemple,

Méditez sur ce qui ne bouge ni ne s’altère !

Prenez en exemple l’océan,

Méditez les profondeurs insondables !”

A chacun ensuite d’effectuer cette méditation dans les profondeurs de son âme pour les croyants et de son esprit pour les autres. Parfois d’ailleurs certaines maximes renvoient à un bon sens élémentaire mais qui mérite d’être clairement énoncé : “ Ce qui vaut la peine d’être fait mérite et exige d’être bien fait.” (Nicolas Poussin).

Notons l’excellente idée qui a consité à placer un index bien utile à la fin de cet ouvrage . Nous découvrons ainsi le nom d’auteurs inattendus dans une telle anthologie comme ceux de Vincent Van Gogh ou d’Edgar Morin mais notre surprise ne tient qu’à nos préjugés et nous savons tous que la sagesse ne pousse pas dans le terreau des préjugés…

Ce petit ouvrage que l’on peut facilement glisser dans un sac de voyage pourrait bien devenir  un compagnon discret mais indispensable à vos méditations quotidiennes. ..

Je ne résiste pas à la tentation de partager avec vous une courte sentence d’Alexandre Jollien : “Le bonheur est un état d’esprit, et la gratitude est l’un de ses joyeux exercices.”

Nathalie Nabert nous propose un autre chemin de sagesse avec LE JARDIN DES SENS . Elle ouvre habilement  sur une magnifique citation de Nicolas de Clairvaux qui fut le secrétaire de Bernard de Clairvaux et qui éclaire évidemment la suite du propos : “Le cloître est véritablement un paradis. On y trouve les prairies verdoyantes des Ecritures, et ce fleuve de larmes que l’amour céleste fait jaillir des plus pures affections de l’âme. Là sont, comme des arbres aux cîmes élevées, les choeurs des Saints, tout chargés de fruits. Là est cette table sublime où Dieu est tout ensemble notre nourriture, notre bienfaiteur et notre don, prêtre et offrande, convive et festin. Là sont accumulées les richesses du Tout-Puissant, là se cache la gloire des Anges.”  Chacun aura compris l’allégorie de la table et du festin. 

Pour Nathalie Nabert, spécialiste du monachisme et de la tradition cartusienne, les cinq sens ont toute leur place dans la vie claustrale. Elle écrit à ce propos : “La démarche monastique, depuis les origines, doit se comprendre, alors, comme la recherche de cette nourriture solaire du Verbe divin qui exige une lente clarification du sensible et du corporel comme un retour à l’origine.” Dans le très beau chapitre intitulé “Jardin de l’âme” l’auteur nous propose une promenade dans le jardin du monastère et pour l’illustrer elle exhume une complainte latine d’un prieur de la chartreuse de Cahors au XVII ème qui évoque  le jardinage et ses liens avec la vie intérieure du moine :

 

“ Les devoirs de règle remplis,

Chacun se rend au jardin

Pour des travaux raisonnables;

C’est pour arroser des fleurs

Ou pour arracher des herbes

Avec la dent du sarcloir

(…)

Tandis qu’on travaille ainsi

On ne rêve pas sans fruit

Pour la vie de l’intérieur :

Si la main travaille aux fleurs

L’esprit en repos supplie

Par paroles silencieuses.

En voyant ces belles fleurs,

Si variées en leurs couleurs

Et si suaves d’odeur ,

Les sages abeilles font

Un aliment spirituel

Pour en nourrir leur esprit”

On retrouve dans ce texte tout l’esprit de la clôture adaptée au jardin : la discipline qui permet de rapprocher le temps humain à celui de Dieu et puis la recherche constante d’un équilibre entre la vie matérielle et la vie spirituelle.

Reprenant le Cantique des Cantiques et la fameuse formule “ Je suis la fleur des champs et le lys des vallées” Nathalie Nabert écrit “Le Christ est évidemment le jardinier de ce jardin d’herbes salvatrices et de fleurs odoriférantes (…) il est aussi le céleste médecin, dit Isaac de l’Etoile dans un de ses sermons pour la fête de tous les saints, mêlant à celle du Christ celle du bon samaritain : “Que le médecin vienne auprès du malade ou plutôt qu’il vienne en lui : qu’il prenne tout ce qui est de la nature, qu’il rejette tout ce qui est de la faute, qu’il souffre tout ce qui convient de la peine, qu’il apporte tout ce qui est de la grâce, pour que, finalement la nature aidée de la grâce triomphe de la convoitise, ce qu’elle ne pouvait à elle seule.”

Cette passionnante déambulation dans le monde fermé de ceux qui tentèrent d’apprivoiser la grâce par tous les moyens à travers les siècles nous permet de comprendre ce que fut et ce que reste aujourd’hui l’aventure spirituelle du monachisme chrétien.  On trouve d’ailleurs certains échos dans LE JARDIN DES SENS  au très bel ouvrage de Jacques Le Goff intitulé À LA RECHERCHE DU TEMPS SACRÉ. Tous deux plaçant l’aventure spirituelle au coeur de leur réflexion.

Appoline SEGRAN (2012)

  -                        -                                                                                  Classement Romans CULTURE CHRONIQUE

-                        -                                                             

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :