
D'humeur hétérosexuelle, Jay-Lou Lotar avait annoncé laconiquement sa venue à une heure qualifiée de tardive, comme à son habitude il n'aurait pas faim, il voulait juste la baiser, à mort, avait-il jugé bon de préciser. Alix se flattait de susciter encore le désir chez cette star adulée du petit écran, capricieuse et instable, dont le pouvoir d'influence donnait la dimension de sa réussite et sa potentialité de nuisance. Il y avait avantage à satisfaire ses lubies immatures. Le garçon était brillant et pugnace, ambitieux, impressionnant de charisme, qualités qui s'étaient lentement muées en mégalomanie maladive à mesure qu'il gagnait en célébrité. Jay Lotar possédait sa propre chaîne d'information dont il était le présentateur vedette, un succès spectaculaire rendu possible par un usage habilement dosé, de talent, de séduction et de terreur. Il savait souffler le chaud et le froid, ses nombreux employés s'enrhumaient. L'image cathodique lissée en deux dimensions de J2L décalait pour le moins avec le personnage privé dont la ligne éditoriale était à l'image de sa moralité putassière, sa cour de pseudos fidèles en savait quelque chose. Service de presse somptuaire et paranoïa aidant, ce grand déviant surexposé au harcèlement continuel des médias veillait scrupuleusement à entretenir une image de gendre idéal, propre et bien élevé, les ménagères en étaient folles, les paparazzi accusaient les coups. La pression était grande pour se maintenir au pinacle, il compensait en abusant de tous les dérivatifs disponibles, de la poudre blanche au Viagra, de l'alcool aux pratiques sexuelles les plus disparates, sa maquilleuse ne chômait pas. Il s'était pointé discrètement derrière les vitres fumées de sa limousine noire et en était sorti, la mine défaite, lunettes noires et casquette de base-ball vissée sur la tête, tracté par un bouledogue français dont il s'était entiché par coquetterie. Reconnaissable entre mille, le cador soufflait tel la forge et pétait bruyamment, difficile de rester incognito dans ces conditions. Alix avait répondu au moindre de ses désirs. Il repartait au petit matin désemparé, Roger, son bouledogue, manquait à l'appel.
AUGUSTINS BROONS (2012)
Texte extrait de NEB© avec l'autorisation de l'auteur
--- Relire le feuilleton depuis le début
--- Le facebook d'Augustin BROONS
--- Le classement littéraire CULTURE CHRONIQUE
-


