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LA PETITE FILLE DU TABLEAU de Magdaléna GUIRAO JULLIEN :

                 

      En couverture, un petit minois de profil, nez retroussé et œil pétillant, lorgne avec espièglerie, du haut de son cadre doré, l’humeur renfrognée d’un garçonnet que l’on a traîné au musée.

Magdalena Guirao Jullien prend pour complice de ce nouvel album-jeunesse une petite fille pas ordinaire, dont la rieuse fantaisie trouve son  écho dans l’univers joyeusement coloré de l’illustratrice Elsa Huet.

A des années-lumière de la mièvrerie d’innombrables petites filles-modèles, vues 100 fois dans tout autant de toiles, avec leurs boucles bien ordonnées le long de leurs joues, les plis empesés de leurs tenues, et leur teint de porcelaine, cette enfant-là, mutine à souhait, sent le bonbon à la fraise et le pain au chocolat du goûter. Elle porte une robe aussi fleurie qu’une prairie, des cheveux faits pour la suivre dans ses virevoltes et un rayon de soleil au fond de la prunelle.

Surtout, elle n’a pas son pareil pour trouver des compagnons de jeu : tandis que le public déambule d’un tableau à l’autre, en cortège admiratif, la fillette s’accoude familièrement à son cadre, comme une curieuse à sa fenêtre, et, charmeuse, convie chien, chat, oiseau à la rejoindre dans son paysage pointilliste – jusqu’au petit garçon boudeur de la couverture, qui traîne les pieds dans le sillage de sa mère, et succombe lui aussi à l’invite.

Finies les bouderies ! Le tableau cesse d’être une surface plane pour devenir un champ infini de jeux, de rires, de courses, sous l’œil bienveillant et tutélaire du gardien de musée qui semble ne s’étonner de rien. Pas même du vagabondage chien-chat-oiseau, migrés on ne sait de quels horizons, de quelle galerie animalière, de quel portrait en pied ? Pas même de la présence d’un petit garçon qui,  pour tromper son ennui, a faussé compagnie à sa maman – laquelle s’est endormie sur une banquette, sage comme une image, elle !

Les images préfèrent s’en donner à cœur joie, sous l’égide du gardien momentanément reconverti dans la tâche exaltante de capitaine : embarqué dans son arche, tout notre petit monde appareille pour des rivages exotiques et flamboyants, des plages ensoleillées.

Peut-on rêver escapade plus aérienne, meilleure destination, que de s’envoler à tire-d’imagination à l’intérieur d’un tableau ? Creuser son espace intérieur, franchir la frontière qui le distingue du réel, passer littéralement de l’autre côté du miroir. Telle sa petite fille malicieuse, Magdalena Guirao Jullien nous convie à cette magique traversée, dont tout un chacun peut se prendre à rêver en secret : un univers fantastique dans lequel les tableaux sont autant de territoires inconnus à explorer, autant de chambres mystérieuses dont on pousse la porte avec curiosité, pour découvrir ce qui s’y passe. Et l’auteur de nous délivrer au passage, avec une légèreté poétiquement imagée, un rappel des plus pertinents : les musées sont aussi des lieux ludiques, et chaque tableau est un embarcadère pour une évasion à la portée des plus petits – eux dont l’imaginaire et les mondes parallèles font si aisément partie du quotidien. Il n’est alors que de les prendre par la main, d’aller à la rencontre d’une toile et de les aider à tendre l’oreille, jusqu’à ce qu’ils s’entendent chuchoter: « Viens ».

EMMA LACHAPELLE (2012-2013)

© Culture-Chronique -                                                                                                           -

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