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SEANCE 58 : L'ASSAUT :

« Alicia, racontez-moi exactement comment cela s’est passé. » 

 Il était petit, rougeaud, le verbe haut, imbu de sa personne, suffisant, mais un esprit brillant que j’avais découvert en assistant à un de ses cours sur la littérature.

Je n’avais aucune sympathie pour lui, pas d’antipathie particulière, une simple indifférence.

Quand nous eûmes fini l’entretien sur son travail, j’étais déçue.

Je m’étais attendue à ce qu’il respire la passion des livres.

Il n’en était rien. C’était un bon orateur, qui maîtrisait son sujet, mais qui n’aimait rien d’autre que lui.

Donc après l’interview dans ce bâtiment, un ancien monastère, un vrai labyrinthe, il me proposa de me guider pour ressortir, il connaissait le lieu comme sa poche et pour m’éviter un grand détour me proposait un parcours rapide, connu seulement des initiés comme lui.

J’acceptai, pressée d’en finir et de quitter ce lieu qui n’avait plus rien de glorieux, qui respirait la tristesse et la fin d’un monde.

Soudain au détour d’un escalier, dans un couloir sans fin et mal éclairé il m’a poussée contre le mur et a tenté de m’embrasser de force ; j’ai senti sa langue essayer de pénétrer mes lèvres.

Je ne me connaissais pas cette force car je l’ai poussé brutalement, le renvoyant contre le mur d’en face et je me suis essuyé la bouche de dégoût.

Il riait.

Disant que c’était une plaisanterie, que je ne prenne pas ombrage, qu’il avait tenté sa chance, qu’il ne fallait pas en faire tout un plat, après tout il était un homme et j’étais fort désirable, et puis j’aurais pu me laisser faire, ainsi il n’aurait pas de regret, il avait essayé, il avait perdu, on ne pouvait gagner à tous les coups.

Nombre de ses étudiantes auraient été fières de cet assaut.

Tout son discours indiquait que c’était un habitué de la chose.

Aucune gêne, aucune honte.

Pour lui il n’avait rien commis de grave.

Il ne m’avait pas violée non plus, il ne fallait pas exagérer, c’était un petit baiser dans un couloir.

J’étais sans mots, sans voix, ses paroles me répugnaient, son haleine me répugnait, son parfum me répugnait.

En plus de ma colère, j’avais du dégoût, de la nausée pour cet être qui enseignait à des femmes dont certaines, admiratives, devaient être sans défense devant cet esprit qui savait être brillant dans son enseignement.

Mon silence hautain et digne finit par l’embarrasser.

Je n’avais rien dit , je me contentais de le regarder avec mépris sans mot dire.

Et nous poursuivîmes en silence jusqu’à la sortie.

Lui, parlant à bâtons rompus comme si l’entretien avait repris.

À la sortie, il me dit :

« Vous m’enverrez l’article que je puisse le lire avant sa parution ? »

« Quel article, il ne s’est rien passé pour vous comme pour moi n’est-ce-pas ? 

À moins que vous ne teniez absolument que j’écrive quelque chose sur vous ? »

Il partit d’un éclat de rire forcé en me disant : « Vous êtes très forte, et j’adore qu’on me résiste ».

Et de conclure : « Accepteriez-vous de dîner avec moi un soir ? »

Je m’éloignai sans répondre à ce goujat.

Combien en existe-t-il en ce monde ?

ALICIA RAHO (2012)

 

Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure

-                                                                                                                                                     

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