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LA FRANCE A BESOIN DES AUTRES de Nicolas TENZER :

Un livre de Nicolas TENZER n’est jamais à négliger.  Chacun de ceux qu’il a publiés parmi lesquels France : la réforme impossible (Flammarion) ou La fin du malheur français ( Stock)  propose  un examen approfondi  du thème abordé et n’hésite pas à proposer des pistes de réflexions souvent originales.  A se demander si notre homme n’est pas un Think Thank à lui seul.  Il est vrai qu’ancien  élève de l’école supérieure, il dirige depuis des années la prestigieuse et stimulante revue LE BANQUET,  ce qui en terme de brassage d’idées est une position  très exposée.  Reste que Nicolas TENZER  a une obsession  que son dernier ouvrage  ne dément pas : il est obsédé par la France.  Ce goût immodéré pour la question nationale n’a rien à voir avec les chateaux de la Loire, le bon vin ou l’art culinaire français, non, notre auteur s’intéresse à une autre réalité, celle qui voit notre pays reculer dans les classements économiques et passer du statut de grande puissance mondiale à celle de nain économique.  Celle aussi qui voit notre pays bien incapable d’accomplir la totalité des réformes qui lui permettraient d’affronter l’avenir avec plus de sérénité.

Dans La France a besoin des autres, Nicolas TENZER  fait le pari d’une ouverture lucide face à la mondialisation.  Aujourd’hui la France s’enferme dans une citadelle de peurs dont beaucoup sont loin d’être des fantasmes : peur des délocalisations, du chômage,  de l’autre, crainte de voir l’Europe exploser , angoisse devant la fuite des cerveaux français vers l’étranger.  Pourtant plus de 20 % de la richesse française sont directement issus de nos exportations et en 2011 chaque Français a exporté en moyenne l’équivalent de 6600 euros.  Reste que notre vision de la mondialisation est fortement négative. Sans doute le phénomène est-il désormais si rapide qu’il est difficile de se faire une idée précise de ce qu’il ajoute et de ce qu’il retranche.  Chacun connaît les effets délétères de la mondialisation mais beaucoup d’entre nous seraient bien incapables de se passer de certains de ses bienfaits.  Le développement sur 30 ans de la micro informatique à des prix qui l’ont rendue accessible à un foyer moyen en est un excellent exemple.  Mais si l’usine qui vous emploie risque de se délocaliser en Ukraine ou au Vietnam, il y a fort à parier que les bienfaits de la mondialisation vous paraîtront  anecdotiques.  Nous percevons finalement la mondialisation à travers le prisme de nos vies ce qui est bien naturel après tout, mais simultanément bien insuffisant.

Nicolas TENZER  explique que nous ne manquons pas d’armes face à la mondialisation.  Certaines sont simplement émoussées.

Premier point : notre industrie est trop faible. Un renouveau industriel en France en ferait une arme potentielle dans la mondialisation économique. La France dispose d’un grand nombre d’ingénieurs de qualité et d’un système de formation d’un très haut niveau. Nous devons à présent coupler notre processus industriel à celui de l’innovation.

Second point :  la France dispose d’un grand nombre d’experts dans les secteurs de l’agriculture, de la santé,  des transports, de l’architecture,  de l’environnement.  Nous pouvons tout à fait développer ce potentiel à l’étranger dans des projets internationaux. Mais pour cela il faut mettre en lien l’administration, le privé et l’Université pour créér l’émergence de nouveaux viviers de développement.

Troisième point : les industriels français doivent cesser de rechigner à conquérir de nouveaux marchés à l’étranger. Nos réseaux d’informations avec l’étranger doivent être restructurés afin de faciliter la conquête de ces nouveaux marches.

Enfin, la faiblesse de la France à l’export  a l’avantage de ne pas faire peur. Beaucoup de pays émergents s’approvisionnent en machines-outils en Allemagne, mais redoutent sa puissance commerciale, tout comme celle de la Chine ou des Etats-Unis. A ce titre la France est en position de challenger et ne risque pas de devenir le partenaire exclusif et encombrant. 

Pour résumer nous pouvons dégager l’idée suivante : une politique de puissance est en somme tout ce qui nous permet d’affronter de manière gagnante la mondialistation.  Nicolas TENZER écrit  : “Un Etat puissant ne craint pas les autres (…) pour aller vers les autres , il faut être puissant, c’est-à-dire  être bien formé , capable d’échanger d’égal à égal, apte à défendre  un point de vue, à argumenter, et faire montre d’excellence dans tout ce que l’on  entreprend.”

TENZER s’intéresse aussi à la réalité des périls qui menacent notre pays. L’exemple de la Chine est intéressant : multiplication des troubles sociaux, tendances sécessionnistes de certaines provinces  et augmentation du niveau de vie  qui  va obliger le marché domestique chinois à remplacer les marchés extérieurs, autant d’éléments qui laissent supposer  que l’agressivité commerciale chinoise risque de s’essouffler , sans oublier les risques de surchauffe  de l’économie chinoise couplés à la faiblesse du système bancaire qui risquent de déclencher  une très grave crise économique. Par ailleurs l’accroissement du potentiel technologique et scientifique chinois est une fantastique  opportunité pour l’occident et donc la France.  Et puis les autres pays asiatiques émergents  - Corée du Sud, Vietnam, Indonésie, Malaisie, Thaïlande, Singapour – constituent aussi des partenaires commerciaux  en raison de leur croissance.

La nécessité d’imposer de nouvelles règles de contrôle de la finance internationale, le questionnement autour d’une vassalité supposée vis-à-vis des Etats-Unis, les interrogations autour de l’Europe,  autant de thématiques  développées et approfondies par  TENZER.  Son approche sans concession mais très dynamique rend la lecture  de cet ouvrage assez enthousiasmante et sa conclusion  nous invite à réfléchir  sur les priorités que nous souhaitons  imposer dans les années à venir. Il écrit : “ il faut définir ce qu’est, pour nous, l’intérêt et ce qu’il implique.  Nous ne pouvons plus nous contenter de politiques dispersées qui parfois se contredisent et ne disposent pas des moyens adéquats pour être mises en oeuvre. Il est temps de nous prononcer sur notre conception de l’Europe et des relations transatlantiques, sur notre politique vis-à-vis des grands et moyens pays émergents, et sur notre stratégie en matière de connaissance et de réseaux.” TENZER voit évidemment dans l’Europe l’un des leviers fondamentaux qui permettra  à la France de rebondir. Elle doit devenir rapidement une zone de valeur commune, une aire géopolitique et un espace qui partage les mêmes règles économiques et sociales et poursuivant un même objectif de prospérité, de compétitivité et de développement économique.

La France a besoin des autre  nous confronte aux limites psychologiques de notre pays  mais nous invite à changer notre vision des possibles  afin de créér une nouvelle alliance avec le monde.

BERTRAND JULLIEN (2012) 

©                                                                                                                                                                

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