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MOTOR HOTEL de Bertrand BOULBAR :

Bertrand BOULBAR nous propose un album tout à fait atypique, sorte de carnet de route musicale d’une traversée  des Etats Unis  qui ne fut pas, pour le coup, imaginaire.  Douze titres comme autant de vignettes  d’une errance américaine qui démarra en septembre 2010 avec un premier tour de clef de contact à New York.  La Ford de BOULBAR va additionner les kilomètres à travers le territoire américain.  Dans le coffre  il a embarqué son matériel d’enregistrement pour travailler le soir dans sa chambre de motel  après une interminable  journée de route.  On peut d’ailleurs se rendre sur son site http://www.boulbar.com/ pour profiter des magnifiques clichés que le chanteur a pu faire durant ce voyage.

BOULBAR déclare : “ Je n’envisage jamais une chanson comme un exercice de style. Prendre un sujet  au hasard, écrire ou composer sans une implication totale ne m’a jamais intéressé. Lorsque je choisis un sujet, j’ai besoin de le vivre. Vivre avec lui pendant des jours s’il s’agit d’une chanson, pendant des mois s’il s’agit d’un disque.  Je cherche l’immersion.”  Voici donc la méthode et il faut bien avouer  qu’elle produit  un résultat tout à fait original. MOTOR HOTEL ne cherche pas à vous draguer, au contraire.  C’est un album qui exige de vous que vous  lui consacriez un peu de temps.  BOULBAR ne fait aucune concession au Show Business, il s’en fout complètement et c’est heureux.  C’est un artiste solitaire et exigeant qui creuse son concept  en profondeur.  Cet album est  une quête de 8000 kilomètres qui  propose à l’auditeur 12 stations  comme autant de situations  américaines qui résonnent dans l’âme  de l’artiste.  Ce voyage n’est pas vraiment une partie de  plaisir car  il explore  l’imaginaire américain d’un Français confronté à la réalité de ce pays. Aucune concession.  Mais tout l’intérêt naît justement  du cheminement  qui  nous propose  l’épuisement des clichés  que nous traînons  sur les Etats-Unis  et quelques éblouissements musicaux qui naissent  justement du travail au jour le jour dans les chambres de motels.

On peut imaginer Bertrand travaillant nuitamment dans sa chambre tandis que de l’autre côté du terre-plein le Highway 40  diffuse  le bruit  ininterrompu du roulement des pneus sur le bitume. On peut effectivement y penser.  Et puis on peut se dire qu’il est heureux que  notre gaillard soit guitariste car son univers doit beaucoup à ses six cordes.  On entend passer Ray Cooder et Nick Cave ce qui est loin d’être désagréable. Certains titres sont des road singles franchement réussis :  BURSNEVILLE (Virginie occidentale)  et son évocation  d’une Amérique  profonde à une vitesse d’à peu près 90 kilomètres  heures, HELP ME qui déboule plutôt à 120 dans une  traversée d’un Nevada  enveloppé de guitares sublimes avec un petit clin d’oeil sympathique au banjo pour  clôturer le titre.

JOE  est un beau titre  qui s’arrête  sur la condition des Homeless  qui errent dans  les rues de San Francisco. Aucune agressivité dans le texte mais  plutôt  un retour sur l’histoire d’un homme qui a tout donné pour son pays et qui  se retrouve sans rien sans n’avoir jamais démérité. 

Bertrand BOULBAR  en diariste à quatre roues nous propose une oeuvre habitée et traversée par les stations Texaco, les lignes à haute tension, des piscines remplies d’ordures. Le désert de Mojave croise Bukovski  et la guerre du Vietnam  se rappelle à notre mémoire.  MOTOR HOTEL et DESERT MOTEL  sont deux titres plus personnels  qui racontent presque rien mais où l’essence même  de cette quête  prend tout son sens.   Le temps  devient lourd  et  n’avance plus.  Sirène d’un train  qui traverse le décor et vétérans septuagénaires qui vivotent dans des chambres à deux sous.  BOULBAR  ne commente  pas, il énonce  les faits  et continue son chemin.  JE CHERCHE TA VOIX rappelle que l’on emmène toujours son histoire personnelle  avec soi, ses amours, ses obsessions ; nous avançons en cherchant. Nous cherchons et ce que nous trouvons  correspond rarement  à l’idée que nous avions au départ. Mais chaque quête nous transforme.

MOTOR HOTEL est une vraie réussite, une oeuvre authentique et forte qui termine sa trajectoire à Frisco et nous laisse un regret : qu’il n’y ait pas quelques milliers de kilomètres de plus à parcourir.  Ecoutez l’album une fois, vous le réécouterez cent fois.

ARCHIBALD PLOOM (2012)

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