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NOTRE ONCLE d'Arnon GRUNBERG par Marie-Paule DELPEUX :

Il suffit d’ouvrir un journal, d’écouter la radio ou de regarder, même subrepticement la télévision pour se rendre compte du « goût du pouvoir » qu’ont certains. C’est de ce pouvoir politique que nous parle en toile de fond Arnon Grunberg dans « Notre oncle ».

Rassurez-vous, si vous pensez avoir tout entendu, tout vu ou tout lu sur le thème, vous saurez malgré tout trouver de l’intérêt à la lecture de « Notre oncle » car Grunberg, plutôt que de décrire une lutte sociale ou politique, un pouvoir corrompu ou des foules opprimées, a la bonne idée de nous parler au plus près de quelques personnages triés sur le volet et qui vont se croiser pour le meilleur et pour le pire (souvent pour le pire) et illustrer chacun un mode de vie, une ambition ou encore une façon de survivre.

C’est un pays dominé par une dictature militaire. Deux mondes s’affrontent, celui du pouvoir en place et celui qui le subit.

Les protagonistes n’ont pas véritablement fait le choix d’un camp, ils sont dans une voie par hasard, ou selon les opportunités que la vie leur a tracé. On est loin d’actes de bravoure, de destins de héros. Les choix faits de part et d’autre ne résultent pas de considérations rationnelles, lourdement réfléchies mais de détails parfois déroutants pour le lecteur.

Le major est le serviteur loyal d’un Etat qui l’emploie à traquer les opposants. Il le sert comme il servirait « un parent qu’on aime, comme un oncle ». Lors d’une mission qui tourne mal, sa vie va croiser celle de Lina, une petite fille désormais orpheline, alors que lui n’a jamais pu donner d’enfant à sa femme.  C’est le point de départ de ce roman de plus de six cents pages dans lequel on ne s’ennuie jamais.

Avec un style fluide, délesté de tout bavardage ou apitoiement, Arnon Grunberg peint ses personnages en privilégiant les faits : il ne prend pas partie, ne juge pas, il raconte ces vies qui se croisent, dépendent les unes des autres et tisse peu à peu sa toile pour entraîner le lecteur dans un monde cauchemardesque, où les personnages peuvent inspirer le mépris, la pitié et même parfois une certaine empathie et ce, à quelques lignes d’intervalle. Le récit est très noir, parfois cruel, voire pervers et nous ne pouvons abandonner ces personnages dont nous lisons l’histoire, émaillée parfois de scènes insoutenables, absurdes, déroutantes.

Grunberg semble nous provoquer en noircissant le trait de ces êtres humains pour mieux nous conduire à porter un regard lucide sur la nature humaine. Âmes sensibles s’abstenir.

MARIE-PAULE DELPEUX (2012)

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