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LAURA VAZQUEZ ET VIRGINIE GIRAULT FONDATRICES DE LA REVUE "AU LIÈVRE MORT" :

 Le Lièvre mort 3+9 = bleu dépoussière la poésie ! Cette revue poétique multimédia apparue en janvier 2012 est l’œuvre de Laura Vazquez et Virginie Girault. Interview des fondatrices par Marie Satour.

Marie SATOUR : J'ai trouvé le titre de votre revue plutôt énigmatique. Pouvez-vous nous en dire un peu plus...

Le Lièvre : Ce titre c'est quand même une longue histoire… Nous l'avons crée ensemble. Il est complètement des deux. 3 + 9 = bleu, parce que la poésie est comme ça. Au Lièvre mort , parce qu'on part toujours de la mort et pour partir d'autre part que de l'homme.

Et puis le titre est un clin d'œil à l'arbitraire d'une nomination. On ne voulait pas se placer dans un héritage particulier ou renvoyer à des références littéraires qui ne parlent qu'à un petit nombre. On peut s'inventer les motivations de nos choix, mais même sans ces motivations le titre se tient, il a sa force, il parle, on peut y voir tout de suite une réflexion sur les signes et les évidences. La poésie montre que rien ne va de soi, que même les faits les plus évidents, les vérités les plus ancrées dans notre esprit peuvent être soumises au doute ou tout simplement à la musique, au rythme Et puis chacun peut s'approprier ce titre et le recréer comme il le souhaite, jouer avec : Au Lièvre Bleu, 3 + bleu = mort etc …

Marie SATOUR : A l'heure où la poésie occupe une place minime dans les librairies,  qu'est-ce qui vous a motivées à créer une revue poétique ?

Le Lièvre : Et bien surtout par envie, parce que nous aimons la poésie, parce que nous avons envie de la lire, de l’entendre, de l’écouter, de la regarder, de la voir, parce que nous avons envie de la partager, de pouvoir en parler. Nous avons envie de choisir des textes, de les sélectionner, de les relire, d’en parler, de les mettre en scène, de leur donner une place dans la vie. Éditer une revue c'est d'abord pour partager ce plaisir-à, pour nous-mêmes aller vers les autres et permettre à qui le souhaite d'aller à son tour vers les autres. C'est un medium. C'est un moyen de rendre collective une recherche personnelle des langages poétiques puisque nous sommes toutes les deux à la recherche d'une langue dans la langue.

Marie SATOUR : Vous avez participé il y a peu à un débat au sujet de l'influence du numérique sur les revues de poésie, à mon tour de vous demander : Pourquoi une revue en ligne?

Le Lièvre : Nous avons choisi une revue en ligne parce qu'on fait avec les outils qui sont les nôtres en évitant d'être dans une nostalgie du papier. On n'entre absolument pas en concurrence avec d'autres démarches peut-être plus conventionnelles mais aussi nécessaires. L'alliance d'internet et du numérique est le moyen de montrer la pluralité des pratiques d'écriture qui ne se limite pas à une seule forme ou à un seul langage. Et puis le numérique c'est surtout pour diffuser le plus largement possible la poésie contemporaine, sans restriction. La poésie tout à fait contemporaine est lue par ceux qui écrivent, on peut dire quasi-exclusivement. Tout ceci reste très limité (dans l’espace, la catégorie sociale, la culture) et c’est assez masturbatoire. Dommage, surtout avec les moyens techniques de partage dont on dispose aujourd’hui. L'étude de l’histoire de la poésie et de l’histoire littéraire en général dans les programmes, s’arrête aux années 50. Les revues spécialisées dans la poésie sont accessibles uniquement dans les villes, de préférence grandes, ou par commande sur le net. Voilà déjà une distance. Et pas des moindre ! De plus il faut payer. Payer donc pour une revue qu’on ne connaît pas et pour de la poésie qu’on ne connaît pas forcément encore (la poésie contemporaine).

Avec le lièvre, on détruit ces deux barrières-là. La revue, on peut tomber dessus en tapant poésie contemporaine sur google, c’est assez simple. Ensuite, on peut la télécharger tout aussi facilement   et ça ne coûte rien. Et à ce moment-là, n’importe qui peut découvrir une partie et surtout un regard sur ce qu’est la poésie aujourd’hui.

Marie SATOUR : Vous avez fait un appel à contribution pour votre prochain numéro. Qui peut envoyer ses créations ? Et comment sélectionnez-vous les poèmes?  

Le Lièvre : Tout individu créant des formes poétiques qui inquiètent l'emploi des mots, qui interrogent la langue pour elle-même ou par rapport aux nouveaux outils techniques est bienvenu pour ce numéro 1 qui paraîtra en mai.

On est attaché à un auteur qui se place dans son année, voire dans son jour et donc avec nous. D'où parle l'auteur ? A quel jour ou à quel siècle emprunte-t-il sa langue ? Nous tenons à notre intransigeance. Nous sommes aussi capables d'échanger longuement et patiemment pour motiver correctement nos choix. Une certaine force poétique doit se dégager. Notre subjectivité est nourrie d'une connaissance de la poésie dans son histoire mais surtout d'une lecture de nos contemporains. Tout ceci permet de sélectionner et de composer la revue en créant des correspondances. Nous ne voulons pas fixer un nombre de pages et ainsi ne mettre que ce qui nous convient. Donner à voir les pratiques poétiques aujourd'hui c'est prendre en compte la poésie animée avec des logiciels. Dans ce cas, c'est l'élucidation créative de la technique qui nous intéresse.  Mais la poésie aujourd'hui c’est aussi sans le moindre doute la poésie griffonnée sur un papier par quelqu’un qui arrive à créer du mouvement par les mots.

Marie SATOUR : De part votre titre, on sent votre volonté de vous démarquer. Cependant, vous inscrivez-vous dans un courant? Appartenez-vous à une école particulière ?

Le Lièvre : Nous allons essayer de représenter la poésie maintenant, là, en 2012, cet hiver. Qui ? Comment ? Pourquoi ? A l’époque, (et on peut dire que c’était il y a longtemps), il y a eu FACIAL, un seul numéro, mais l’impact a été très fort. Maintenant, on voit des revues intéressantes, c’est vrai, mais aucune n’a pour but premier de donner à voir ce qu’est la poésie maintenant, à cette époque précise, à ce moment précis même. Chez FACIAL, ils avaient quand même osé employer l'expression « mouvement littéraire » et ça c’est assez fort.

Après FACIAL alors, là maintenant, il y a quoi ? Voilà ce qu’on voudrait présenter (on ne REprésente rien). On se tient au courant de ce qu’il se passe chez les autres, on ne cherche pas à faire « comme » ni à faire « mieux », ni à faire « différemment ».

On fait au lièvre mort 3+9 = bleu.

Marie SATOUR : Qu'est-ce que le lièvre prend en guise de petit déjeuner?

Le Lièvre : Au déjeuner le lièvre avale la mort bleue. Ou alors il avale des +. Ou alors il avale la soeur de Nietzsche cette idiote. Ou alors il avale de la soupe de toutes les couleurs. Ou alors il avale des tapas de solomillo al roque, ou alors il avale un xanax, ou alors il avale sa salive, ou alors il avale une clope, ou alors il avale la fumée ensuite il tousse et ça fait des mots, ou alors il avale de l'enfance, ou alors il avale la réalité du monde, ou alors il avale l'imagination créatrice de l'anarchie et de l'amour, ce qui est la même chose, ou alors il avale toute l'épistémologie et ensuite il est malade et il sommeille, ou alors il avale l'invisible, ou alors il avale des images inédites à l'homme, ou alors il avale des pommes fourrées aux pages de la bible, ou alors il avale du coeur et du foie et il le digère bien parce qu'il a l'estomac solide, ou alors il n'avale pas parce que sa luette est très grosse et il mange par les veines, ou alors il se sent si fatigué qu'il dort.

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