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SEANCE 60 : VITESSE GRAND V :

La faim dans le monde, les catastrophes naturelles, la misère, les massacreurs de tous poils, les fanatiques religieux,  les fermetures d’usines … 

Et moi je continue à m’apitoyer sur mon sort une fois par semaine.

Quel égocentrisme !

Quel égoïsme !

Quelle prétention !

Et je me plains de la course après le temps.

Je regarde ma montre, impatiente.

Je connais la salle d’attente par coeur, je m’ennuie. 

Et si je fermais les yeux, la tête appuyée contre le mur, histoire de me couper du monde ?

« Alicia c’est à vous. »

Sa voix vient me cueillir dans ma torpeur.

À moi ?

À moi, c’est mon tour, ma séance, mon temps imparti. 

Mon focus, mes feux de la rampe.

Tout à coup je ne sais plus de quoi je voulais parler. 

J’ai perdu mon sujet.  

Je suis muette.

Elle ne dit rien, elle attend sans faire montre de la moindre impatience.

Respectueuse de mon silence. 

Mais à moi ce silence me coûte au sens propre comme au figuré.

Je me focalise sur l’horloge qui me nargue.

Les aiguilles qui se courent après.

Autant de kilomètres parcourus, le prix de la séance,  le prix du parking, et le vide sidéral. Quand on vient à Paris, on a intérêt  à savoir ce qu’on veut parce qu’il y a toujours un compteur qui tourne quelque part ! Mais aujourd’hui c’est le vide sidéral.

Un trou béant devant moi, j’essaye en vain d’attraper un fil de mes pensées.

Je ne suis pas venue jusqu’ici pour rien !  Zut alors …

Elle pourrait m’aider, me lancer une perche. 

C’est quoi ce jeu du silence ?

Je lui en veux tout à coup, de me laisser ainsi en suspens.

Je la vois griffonner.

Et en plus elle écrit.

Mais elle note quoi ? Je n’ai pas ouvert la bouche.
Le compte-rendu sur son patient précédent à mes frais ?

Evidemment quand je me sens bonne à rien c’est toujours un peu la faute de l’autre ….

Je fais des procès d’intention, la honte m’envahit.
Je réalise que je secoue compulsivement le genou, tout en me mordant l’intérieur de la lèvre.

Et si je n’avais plus rien à dire ?

Le temps file à la vitesse grand V. C’est déjà fini …

Un aller-retour pour rien !

 

  En sortant, furieuse, j’ai marché jusqu’à la pâtisserie et je me suis offert un palmier à la confiture de framboises.  Nah !
Le feuilleté bien croustillant m’a fait oublier le vide de ma séance.
En pleine mastication tout à coup mon esprit a repris vie, et toutes mes pensées se sont réveillées… Grrrrrr !

ALICIA RAHO (2012)

 

Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure

-                                                                                                                                                     

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