
Le temps, le souffle arrêtés.
Allongée sur le lit comme une baleine échouée sur la plage.
Les yeux rivés au plafond
Prendre conscience du sens de la vie au moment où la douleur me brise.
Le corps comme un morceau de fonte.
Se tortiller comme un vers de terre maladroit et gauche sous sa couette.
Un lumbago poil au dos !
Siège de la colère, les lombaires ?
Petite chose réduite à l’inactivité
Privée de mobilité
Prisonnière
Anéantissement de la liberté
J’ai dû téléphoner à ma psy
« Mon dos s’est coincé, un lumbago, je ne vais pas pouvoir venir. »
Elle a rectifié immédiatement.
« Vous vous êtes coincée le dos Alicia, le dos ne se coince pas pour rien … »
Je ne me souviens pas de la suite de ses propos, la douleur me rendait sourde aux mots, nous en reparlerons sans doute à la prochaine séance.
Elle a raison mon dos paraît soudain indépendant de moi, comme s’il avait sa propre existence, ses agissements, sa volonté.
J’ai le dos somatique. Aïh !
Dans ce lit, le temps devient attente.
Attente de signes
Attente de gestes
Attente d’appels
Attente de présences
Attente des autres
Attente d’amour
On en revient toujours là !
Au manque d’amour.
Il m’est insupportable de réaliser combien je suis dépendante affectivement des autres.
La solitude me met à l’épreuve.
Je suis en mode arrêt, un stop au vert, mon corps va se fossiliser dans le matelas.
Alors s’arqueboutent dans ma tête toutes mes résistances, des cris muets frappent ma gorge.
Je dois apprendre et chérir cette solitude.
De moi à moi.
Ne plus combattre.
Accepter les faiblesses.
Si je déposais le poids ?
Si seulement je savais de quoi je dois me débarasser avant de reprendre la route sans attendre qu’on me tienne la main.
Je me suis murmurée à l’oreille « Avance Alicia avance, toi seule sais où aller. »
Et puis je me suis retournée en hurlant de douleur …
ALICIA RAHO (2011)
Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure
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