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LA PAIX PLUS QUE LA VÉRITÉ de GILDAS GIRODEAU :

Véronique Ducros, qui dirige les éditions AU-DELÀ DU RAISONNABLE, a l’art et la manière de mettre la main sur des auteurs inclassables qui braconnent à la frontière du roman noir, de l’essai politique et du polar classique. On se trouve chaque fois embarqué dans des récits qui sont autant de quêtes qui mènent toujours quelque part mais rarement là où on le pensait.  Comme son nom l’indique, cette maison d’édition repousse les limites du raisonnable pour le plus grand plaisir du lecteur.  Les deux derniers titres LES VIES DE GUSTAVE de Gilles del Pappas et LA PAIX PLUS QUE LA VÉRITÉ de Gildas Girodeau ne dérogent pas à la règle, plaisir du texte mêlé à la découverte d’univers inconnus ou oubliés, personnages solidement campés dans des récits qui tiennent résolument la route, plongée au coeur de l’histoire ; autant d’ingrédients qui garantissent des heures de lecture heureuses.

Je reviendrai dans une autre chronique sur LES VIES DE GUSTAVE de Gilles del Pappas que j’ai eu la chance de rencontrer au salon du livre, juste interrompus dans notre conversation par François Hollande qui passait par là et qui, en grand admirateur de del Pappas lui réclama incessament une dédicace mais ceci est une autre histoire…  Revenons au roman de Gildas Girodeau LA PAIX PLUS QUE LA VERITÉ que j’ai dévoré avec passion. Que peut bien signifier ce titre ? En espagnol on écrirait (….) parce que ce roman se construit autour de l’histoire récente de l’Espagne et plus précisément les années qui suivirent la mort de Franco. Retour de la démocratie sur les ruines brûlantes du franquisme et, dès les premiers mois de la république, le travail de mémoire  n’arrive pas à se faire. D’un côté jeunes et vieux républicains, de l’autre toute une société de dignitaires et de petits notables phalangistes bien décidés à maintenir les scellés de plomb sur les fosses communes, les captations de biens et les exécutions sommaires. Chefs, sous-chefs et sous-fifres du fascisme espagnol qui se donnèrent une nouvelle virginité politique en prenant leur carte au parti populaire…  Les gouvernements espagnols successifs – y compris de gauche - choisirent la paix et enterrèrent la vérité pour quelques décennies. Mais comme le fait remarquer l’un des protagonistes du roman “c’est emmerdant la vérité. Vous pouvez toujours tenter de la détruire, de la cacher, de la détourner de mille manières, rien n’y fait. Toujours elle ressurgit, animal obstiné et accusateur.” C’est toute l’histoire de LA PAIX PLUS QUE LA VÉRITÉ qui nous ramène sur les rives d’une histoire qu’on a un peu vite oubliée. 

Girodeau fait démarrer sa narration en Catalogne française car  beaucoup ne le savent pas mais il existe  une Catalogne française dont les contours suivent à peu près ceux du département des Pyrénnées Orientales et qui aurait pu s’appeler en vérité  “Catalogne septentrionale”.  Son héros Yarnald Colom est en pleine déshérence sentimentale, il travaille pour un journal de Perpignan “La Semaine” qui ne peut même pas lui payer ses notes de frais. Colom fait aussi quelques conférences autour de ses polars Catalans. C’est à cette occasion qu’il va rencontrer, lors d’une conférence à Marseille, Valenti vieux catalan espagnol qui dût autrefois fuir devant le franquisme et qui va lui faire un étrange récit et lui confier un secret qui va ranimer de biens mauvais souvenirs. Yarnald Colom va devoir se replonger dans un passé que beaucoup préfèreraient oublier, son enquête va l’obliger à examiner de vieilles histoires que d’autres n’avaient pas enterrées assez profondément.  Figueres, Girona, Illavrana sont autant de lieux chargés de mémoire souvent sanglante. Qui se souvient en effet qu’à Girona, exactement à cinquante kilomètres de la frontière française, les phalangistes exécutèrent 500 républicains en les fusillant dans le cimetière de la ville.  Manière d’évacuer par le sang toute forme d’opposition. Mais il se trouve que longtemps après, un crime peut encore se payer…  et ceux qui firent justice tiennent à ce qu’on sache  qu’un salaud de phalangiste  ne se suicide pas mais meurt froidement exécuté  par une balle républicaine qui a mis cinquante ans à l’atteindre.  C’est l’incroyable histoire que nous propose Gildas Girodeau à travers l’enquête que va mener son héros, si peu héros en vérité mais attaché à des valeurs fortes liées au destin de la gauche catalane, et plus particulièrement celles du PSUC, le parti socialista unificat de Catalunya. Une certaine inclination pour l’idéal anarchiste aussi, inclination qu’il partage avec son ami journaliste du Punt Diari de Girona Aleix qui va l’aider à éclairer une vérité que la volonté de réconciliation avait définitivement empêchée au lendemain de la mort du caudillo.  Girodeau, à travers l’enquête de Colom, va faire remonter à la surface certains tristes épisodes de la guerre d’Espagne et de la fin du franquisme. Les exécutions sommaires et les liquidations qui suivirent la fin de la guerre d’Espagne, l’assassinat de l’amiral Luis Carrero Blanco chef du gouvernement de Franco en 1973 par l’ETA, le procès et l’exécution de Salvador Puig Antich militant du MIL (Movimiento Iberico de Liberación) le 8 janvier 1974, le coup d’état aux Cortes en 1981, et puis toujours la répression impitoyable de la Guardia Civil tandis que les touristes se prélassaient sur les plages espagnoles. Une plongée au coeur de l’histoire d’un pays qui peut parfois glacer car bourreaux et victimes durent vivre constamment côte à côte, générations après générations. Quant à ceux qui quittèrent le pays, quand ils revinrent 40 ans plus tard ils étaient français mais n’avaient pas forcément la mémoire courte et certains ne revinrent pas en paix. La paix au fond il suffit de la trouver à l’instant de sa mort ….

Yarnald Colom au terme de sa quête va obtenir bien plus que la vérité sur l’affaire qu’il  parviendra à élucider mais je ne vous dis rien… la mémoire me manque.  

Ah j’oubliai :  Viva Catalunya !  

ARCHIBALD PLOOM (2012) 

 -   Le classement Romans CULTURE CHRONIQUE  

 

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