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CATFISH : UN ALBUM ROOTS EN PRISE DIRECTE ! :

CATFISH est l’archétype du groupe français qui a su s’adapter à une conjoncture musicale déprimée. Nul doute que cette formation aurait trouvé il y a quelques années un budget honorable au sein d’une major ou d’un label de qualité pour enregistrer douze titres dans un studio américain du côté de Memphis ou de Nashville. Il se trouve que la crise économique qui secoue le monde depuis 2008 a été précédée par l’effondrement de la production musicale, un nouveau modèle s’est installé qui convient aux idéalistes de tout crin : désormais la musique est gratuite mais on ne sait toujours pas comment financer les productions à venir ! Je me souviens d’une époque où, rendant visite à certains labels, je croisais des dizaines de collaborateurs qui couraient dans tous les sens ; aujourd’hui les couloirs sont vides et trois gamins de vingt ans – évidemment stagiaires et évidemment virés tous les trois mois - s’occupent du développement  hypothétique  de projets qui restent généralement  dans les cartons au profit de “coups” hyper commerciaux  - Ça m’énerve !!! – ou de compiliations à la mode.  Bref le capitalisme musical a été vaincu mais … on préférait cracher sur les majors et tolérer que de jeunes artistes voient leur premier EP financé par les profits générés par Francis Cabrel ou JJ Goldmann mais je m’égare, ce monde n’existe plus et il paraît, selon certains idéologues, qu’il faut s’en réjouir. Les idéologues n’étant généralement ni artistes ni économistes, on peut aisément comprendre qu’ils savent de quoi ils parlent…

CATFISH, comme je le mentionnais, est l’une des réponses possibles en terme de production à la raréfaction des financements dans le domaine musical. Petite formation composée de deux membres polyvalents : Amandine Ginchard chante, joue des percussions et de la basse, Damien Félix  lui s’occupe de la six cordes, des percussions et de l’harmonica… Ils composent et écrivent tous les deux. Ah j’oubliais le plus important, ils nous proposent une musique profondément roots mêlée de rock et de folk. On le voit CATFISH - rappelons au passage que le nom du groupe est aussi celui d’une chanson de John Lee Hooker - ne se disperse pas et ne fait pas de dépenses excessives. Les frais sont limités à l’essentiel, à l’image du LP cinq titres que le duo nous propose. Cinq chansons qui semblent avoir traversé l’Atlantique pour rejoindre les terres du Jura d'où le groupe est originaire. HAVE TIME annonce immédiatement la couleur, le groupe en formation ramassée ne fait pas dans la fioriture. Le son est épais, lourd comme une journée de canicule dans un champ de coton.  Le riff au bottleneck est aussi entêtant qu’un whisky fortement tourbé. Amandine et Damien savent chanter mais là aussi on se dit qu’ils ont dû trimer et souffrir pour proposer une telle densité vocale. On les imagine chantant leurs chansons dans un vieux pick up déglingué en rentrant d’une longue journée de labeur. On pourrait presque imaginer qu'il s'agit de la bande originale du roman "Les raisins de la colère" de Steinbeck. 

Les deux ballades folk LET ME GO et DRAG YOU DOWN sont réellement inspirées. La voix d’Amandine Ginchard suspendue dans un ciel d’été étoilé nous plonge dans une atmosphère de profonde quiétude. Il ne manque plus que le coassement des grenouilles et le chant des criquets pour que le tableau soit complet. L’option vintage fonctionne pleinement et nous ramène au coeur d’un blues des années 50 enregistré en conditions live sans chichis. ROLL TALK JOKE est sans doute le titre le plus moderne de l’album suivi du surprenant MY DADDY au son à couper au couteau sur une rythmique guitare fortement saturée.

Ce cinq titres fait de CATFISH un groupe à la personnalité affirmée. On peut simplement regretter que cet album soit si court mais, nous le savons, les bons groupes font aujourd’hui ce qu’ils peuvent sur le plan de la production et nous devons nous réjouir d’avoir la chance de les découvrir.

ARCHIBALD PLOOM (2012)

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