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DEUX ZEBRES SUR LA 30ème RUE de Marc MICHEL-AMADRY :

Marc Michel –Amadry nous propose un premier roman tout à fait rafraîchissant. Conte moderne ou fable résolument optmiste DEUX ZEBRES SUR LA 30 ème RUE réussit la gageure d’aborder un thème douloureux et passionnel avec humour et profondeur. L’idée de départ est inventive, jubilatoire et forcément symbolique : Mamhoud Barghouti directeur du modeste zoo de Gaza, pour remplacer ses zèbres morts de faim, se résout à teindre  des rayures blanches et noires à deux ânes.  Ce micro évènement palestinien se déroule un peu après l’offensive intitulée “Plomb durci” de Tsahal sur Gaza. Je me suis toujours demandé qui trouvait des noms pareils à des offensives militaires ?  Sans doute les petits gars de la communication qui sont à l’armée ce que le service marketing est à l’entreprise. On sait tous que la bande de Gaza est dirigée par une bande de fous furieux qui n’ont rien fait pour arranger le sort des populations palestiniennes. “Plomb durci” a été déclenché pour récupérer un gamin franco-israélien qui faisait son service militaire et avait été enlevé par une branche agressive de je ne sais quelle officine guerrière palestinienne. Au final des centaines de morts, des immeubles rasés, des populations terrorisées pour finalement quelques mois plus tard voir le gamin rendu à sa famille.  Visiblement le Hamas n’est pas constitué des premiers de classe des écoles palestiniennes. Tout ça pour rien en vérité sinon accentuer la colère de part et d’autre.  Discutez avec un Palestinien , il est furieux,  discutez avec un Israélien, il est furieux… Au point que même nous autres Européens nous sommes parfois entraînés par ce vortex de forces contradictoires comme  Jospin – alors premier ministre - qui traita fort justement le Hezbollah de groupe terroriste, manquant y laisser sa chemise diplomatique ou Chirac braillant après les services de sécurité  israéliens qui l’empêchaient de se comporter comme un Français qui fait ce qu’il veut de sa vie et oubliant  qu’il n’était pas exactement dans les couloirs de l’Elysée.  Bref impossible de ne pas être dans la passion dès lors que l’on aborde la question israelo-palestinienne (ou l’inverse).

Mais revenons à nos zèbres…

Marc Michel-Amadry, en habile conteur, parvient à contourner tous les écueils qui auraient pu faire de son roman un énième paidoyer ou réquisitoire sur la question. Mahmoud Barghouti son héros est lui même un drôle de zèbre puisqu’il se bat pour faire vivre un zoo à une portée de canon de Tsahal et dans une zone où les habitants ont bien du mal à assurer leur propre survie. Mais ce zoo c’est sa manière d’entrenir l’espoir. Chacun le sait l’espoir se cultive comme l’amour, certains ont la main verte, d’autres pas. Il se trouve que Mahmoud est un idéaliste qui mène son combat avec la conviction de ceux qui pensent que tout peut advenir même l’impossible  alors même  que l’offensive “Plomb durci” a réduit son oeuvre à presque rien. Mais au-delà de la folle idée de Mamhoud, Marc Michel-Amadry interroge la conscience de chacun en posant l’une des question clef de l’existence : au fond que sommes-nous sans les autres ? À ce titre DEUX ZÈBRES SUR LA 30 ème RUE approfondit le thème central de la rencontre. 

Emmanuel Lévinas aurait sans doute apprécié cette fable qui nous invite à voir dans le visage de l’autre notre propre image. Et dès lors qu’il s’agit de la question israélo-palestinienne (ou l’inverse) on comprend que ce récit nous propose au fond une utopie qui ouvre le champ des possibles. Espoir, amour, rencontre, ce roman  dévoile un monde où le combat de chacun passe inexorablement  par la médiation de l’autre. Mamhoud va rencontrer James qui est journaliste pour le New York Times et dont la vie affective n’est plus qu’un champ de ruines. Les deux hommes vont sympathiser et James décide de faire du zoo de Mamhoud le symbole d’une forme de résistance au rouleau compresseur de l’histoire.  Il le fait venir à New York, lui permet de rencontrer le directeur du zoo de la ville qui se met immédiatement en contact avec l’ensemble des zoos de la planète pour fournir à celui de Gaza les animaux dont il a besoin.  Mais sans l’approbation des Israéliens, impossible de faire transiter les animaux jusqu’à Gaza. Là encore James va faire preuve d’une intelligence diplomatique redoutable.

Le couple est aussi l’un des thèmes du roman à travers la rencontre de James le journaliste américain et de la volcanique Jana DJ allemande mais aussi de Mathieu le consultant français et de Mila l’artiste peintre branchée. Le roman nous rappelle que les zèbres sont toujours au moins deux et qu’en s’additionnant nos forces finissent toujours par se multiplier au point de rapprocher ceux que tout éloignait. 

 Question palestinienne, réunification de l’Allemagne, élection de Barrack Obama, thèmes environnementaux, Marc Michel-Amadry nous rappelle que nul n’échappe à l’histoire et que cette dernière ne se résume pas au spectacle du journal télévisé qui montre en mettant simultanément à distance les évènements du monde. Enfin à travers l’histoire de Mamhoud, de James, Jana, Mathieu et Mila le roman fait surgir la réalité d’une Terre qui est désormais  devenu un village planétaire. Un village où chaque destin ne peut se passer de l’appui bienveillant d’autrui. DEUX ZÈBRES SUR LA 30 ème RUE démontre que l’espoir est finalement possible si chacun s’engage pour transformer  positivement l’aventure humaine.  Au terme du roman j’ai repensé à cette formule de l’un des héros de  VIE ET DESTIN de Vassily Grossman : “Je ne crois plus au bien, je crois à la bonté !”

ARCHIBALD PLOOM (2012)

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