SOUS LE VENT de JEAN BERNARD POUY et JOE G. PINELLI :

Avec le Verbe, la Couleur ...

J'aime bien la couverture de ce livre, la mer, le ciel, que du bleu et du vert, un petit voilier blanc...avant même de l'ouvrir, je respire les embruns de mon île de Ré...

Mais, c'est en Bretagne que vit Pol d'où, dès la communale, il rêve de s'échapper, d'aller vers un ailleurs où " les fruits seraient gros et juteux, où le vert ne dominerait pas, où le vent serait chaud ".

Mais c'est à la guerre qu'on l'envoie en 1914, comme tous ces pauvres ères qui peuplent nos monuments aux morts.

Les illustrations de ce livre " écrit " ou " peint " à quatre mains, le lecteur choisira entre ces deux notions, se font cruelles rouge sombre, rouge sang, avec en écho ces mots aussi magnifiques que la palette de couleurs: " les images de la douleur absurde, écarlate comme la mort et noire comme le sang."

Au retour, il décide de fuir la folie de ce monde dément, de fuir sa femme Adèle qui le trompe avec son ami Vincent, un planqué, qui n'a pas pris part aux combats, toujours des images, dans le texte qui nous renvoient à la peinture, " il n'osait plus la contempler tant il voyait en elle l'avancée des chars, tant elle respirait la défaite. "

Il s'enfuit vers les Marquises, nous le suivons tout au long de son périple, l'océan bruit autour de nous, les images explosent de couleurs, bleu profond, jaune, orangé, l'eau se fait transparente.

Ecriture et peinture irrémédiablement mêlées en un corps à corps superbe...

Quand Maeva, son amie des îles le quitte pour vivre avec un autre homme, craignant de voir se réveiller en lui," cette araignée noire et venimeuse" qui lui fait peur, il fait juste un constat :

" Il aurait aimé prendre une photographie de cet instant où un petit drame se changeait en un tableau. Il y avait le calme et la douleur statufiés, figés dans une sorte de moment éternel."

Mais Pol fuit-il seulement la guerre ?

Un jour, le rouge revient à cause de deux télégrammes reçus par le père blanc ...

Le rouge envahit le texte et les dessins, rouge de l'oreille coupée de Vincent, clin d'oeil à Van Gogh et à Gauguin, rouge du sang d'Adèle, inondant inexorablement le paradis terrestre ...

Dès lors, Pol n'a plus qu'une étape à franchir : passer la grande vague ...

Un régal des sens ...

SYLVIE LAMBERT (2012)

 

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