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SEANCE 62 : ROTHKO ET MOI :

Je ne connais  rien à l’art abstrait.

J’ai peur de paraître inculte aussi je ne m’aventure jamais sur ce sujet ou d’autres dissertent avec volubilité.

J’opine de la tête d’un air entendu. J’ai l’intelligence des ignorants discrets.

Pourtant il y a eu cette révélation !

Au fond peut-être est-ce la même chose pour ceux qui trouvent la foi au détour d’un chemin ?

J’étais en phase d’incrustation dans mon matelas, clouée au lit, les yeux perdus au plafond, j’écoutais depuis plusieurs jours la radio, lien qui me maintenait dans la réalité de la vie loin des douleurs du corps, je l’ai entendu, lui Stéphane Lambert l’écrivain qui croisait jusqu’alors loin de mes terres de lecture. Il parlait  bien, avec passion, de l’œuvre du peintre nord-américain Rothko. Ses paroles ont accroché mon oreille et fait disparaître mon lumbago…

À la fin de l’interview, par curiosité, j’ai commandé son livre  Mark Rothko : Rêver de ne pas être. 

Ce titre tombait à pic… pour l’oiselle infortunée bloquée au fond de son lit depuis déjà une semaine.

Je suis entrée dans cette œuvre par la fenêtre de cet essai, j’ai ouvert grand les volets de mon esprit et la magie a opéré comme dans les livres d’enfant, j’ai basculé d’un monde à l’autre sans pour autant tomber dans le vide.

J’ai tout oublié,  la douleur, la peur, le manque.

Je voyageais dans les tableaux, j’étais la couleur, j’étais devenue matière, vie projetée sur les murs.

Comment pendant tant d’années suis-je passée à côté de cet univers d’une richesse infinie, sans jamais rien voir, sans jamais m’émouvoir devant un tableau d’art abstrait ?

Je ne les regardais pas je crois, je ne les autorisais pas à communiquer avec moi, ils étaient bannis de ma culture picturale.

Je les niais.

Un dos bloqué venait de m’offrir un déblocage de l’âme, à une incroyante comme moi l’art venait de parler.

La grâce m’a touchée.

J’ai visité  sur internet « The Chapel Rothko » de Houston,  « The Tate Gallery » de Londres, j’ai visionné des vidéos, lu tous les articles sur lesquels je suis tombée, comme une assoiffée de Rothko.
Pour rattraper ce temps perdu.

Je veux partir en pèlerinage artistique m’asseoir sur un banc au milieu de ses œuvres, m’y plonger, me tenir debout à 50 centimètres de chacune d’elles, entrer en communion avec elles.

Stéphane Lambert a écrit dans son ouvrage  « La dépression naît des forces contradictoires que l’on porte en soi et que l’on n’arrive pas à ordonner. » J’ai compris que ce sont ces mêmes forces contradictoires qui forcent ma plume.

Aveugle, les yeux fermés jusqu’alors, maintenant je distingue cette lumière, ces  rectangles de couleur qui avancent et reculent, ces formes multiples entre lesquelles je me déplace.

Cette vie, cette mort.

Rothko, tes peintures me murmurent ce va-et-vient, entre moi  et mes peurs, entre moi et mon avenir.

J’aime le rouge.

J’aime le bleu et l’orange, le jaune …

J’aime le noir.

Merci Monsieur Rothko.

 

ALICIA RAHO (2012)

Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure

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