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STEVEN WILSON : CONCERT DU TRIANON LE 04/05/2012 :

Vous souhaitez vivre une expérience profondément instrospective en évitant de devenir le jouet d’un gourou illuminé ? Vous aimeriez fermer les yeux et vous laisser envahir par un univers sonore qui confondrait le rock progressif, le jazz, la pop psychédélique et le heavy   metal ? Vous rêvez d’être pénétré par des images d’une esthétique sublime qui vous plongerait dans un monde d’un onirisme étrange traversé de symboles, de couleurs et de la multitude des questions qui accompagnent nos existences ? Inutile de chercher le génie de la lampe à huile pour voir ces trois souhaits se réaliser enfin car il y a une solution qui vous permettra de vivre simultanément toutes ces expériences : assister à un concert de Steven WILSON !

Ce fut mon cas au Trianon le vendredi 4 mai 2012. Je connaissais mal l’oeuvre de cet anglais stakhanoviste né en 1967 et qui développe des projets artistiques variés aux influences d’un éclectisme qui garde la marque de la prude Albion.  J’avais, grâce à mon conseiller personnel, celui qui déjà en 1976 plaça sur la chaîne Hi-Fi Telefunken familiale l’album qui changea ma vie (Lire la chronique “Quadrophenia, l’oeuvre vie des Who”), eu un petit aperçu de l’oeuvre foisonnante et puissamment créative de Steven WILSON dont les formations qu’il créa ou auxquelles il participa sont presque égales au nombre de ses années : Porcupine Tree, Bass Communian, IEM, Blackfield , Storm Corrosion pour ne citer que les plus célèbres.  Cependant j’étais loin de tout connaître de son oeuvre intégrale quand je pénétrai dans la jolie salle du Trianon qui, pour la circonstance, avait des petits airs de scène berlinoise tant le drapé qui tombait sur la scène donnait au lieu une dimension fantomatique que la projection d’images  ne faisait rien pour altérer. Je pris en pénétrant ma dose d’infra basses toutes droit sorties d’un album de “Bass Communian” et je dois avouer que je me réfugiai rapidement au bar nettement gagné par la”ghost atmosphère” que l’artiste avait réservé à son public. Public dans lequel on pouvait remarquer ce qu’on trouve de mieux parmi les grands évaluateurs de rock à Paris ce qui me gonfla évidemment d’importance : j’en étais  !

Je regagnai finalement la salle lorsque les infra basses commençèrent un repli stratégique vers la sortie, déçu de ne pouvoir laisser traîner mes oreilles plus longtemps au bar car les conversations de spécialistes allaient bon train.  Le groupe de Steven Wilson déboula quelques instants plus tard après qu’un ectoplasme eut traversé le rideau qui nous séparait de la scène.   Marco Minnemann, qui n’a plus rien à démontrer depuis longtemps à la batterie, démarre seul en majesté bientôt  rejoint par la statue du commandeur des bassistes héros : Nick Beggs.  Le reste de la troupe suit : Adam Holzman aux claviers, Niko  Tsorev  à la guitare et Théo Travis à la flute, au saxe et à la clarinette.  Steven Wilson se fait un peu attendre puis rejoint finalement sa formation guitare PRS - Paul Reed Smith pour les spécialistes - en bandoulière. En quelques minutes, gagné par l’énergie et la mise en place millimétrique du groupe, je vais devenir un inconditionnel de ce britannique gringalet et inspiré qui va nous proposer  90 minutes d’un set  où la technicité le dispute à la créativité, où les mélodies viennent éclairer notre ciel avant d’être englouties dans des puits de mines, où la recherche sonore la plus pointue croise des riffs d’assassins dignes des grandes forges du Heavy. 

Steven Wilson est un docteur Frankestein qui ne se refuse aucune hybridation musicale. Lui-même a la tête d’un informaticien de chez Microsoft qui aurait été ensorcelé par une sorcière vaudou.  Je ne connaissais aucun des titres qui furent joués ce soir là – ma culture Wilsonienne se limitant à “Porcupine Tree” - et pourtant je partageai immédiatement la ferveur des fidèles qui paraissait avoir gagné une autre dimension. Et pour cause !  Je vis passer durant cette une heure trente de concert King Crimson, Marillon, Depeche Mode, Peter Gabriel, Weather Report, Philipp Glass, Genesis, Robert Fripp auxquels s’ajoutent bien autres qui échappèrent à mon attention franchement altérée par cette avalanche de références qui s’agrégaient dans un style unique et proprement jubilatoire.

Chacun des instrumentistes dont s’est entouré notre Merlin l’enchanteur est un maître dans la maîtrise de son art.  Nick Beggs est simplement impressionnant, il jongle entre Reckenbacker, Fender et Stick basse avec une vélocité pastorienne. Minnemann cogne en gentleman frôlant ses peaux et ses cymbales pour réveiller les esprits cachés du rythme, Niko Storev  délivre un jeu tout en subtibilité entre Steve Hackett et  Robert Fripp. Adam Holzman aux claviers nous fait voyager du côté de Richard Whright, de Tony Banks et de Joe Zawinul, excusez du peu. Enfin Théo Travis aux instruments à vent répand des arômes du Crimson et de Wheather Report qui continueront de flotter dans l’air longtemps après la fin du concert.  Steven Wilson mène cette petite bande avec l’espièglerie d’un gamin surdoué qui n’en finit pas d’épater son auditoire.  On est soufflé, emmerveillé, la langue pendante et les bras ballants.  La veille le groupe était en Allemagne, il y retournait le lendemain dans son grand car vert aux allures de libellule. On aurait envie d’assister à toute la tournée pour pousser l’imprégnation à son maximum mais le grand maître veille à ce que l’addiction reste raisonnable ! Il ne fera qu’un rappel équipé de surcroît d’un masque à gaz… manière de gentiment nous faire comprendre qu’il est temps d’évacuer la salle.

Autour de moi le public continue de croire dur comme fer que Wilson va revenir mais à côté de moi mon compagnon de concert me glisse à l’oreille : “Partons, il pourront beugler autant qu’ils veulent, il ne fait jamais plus qu’un rappel…”   Il a bien fait de me le dire car sinon je serais encore là-bas à attendre …

ARCHIBALD PLOOM © Culture-Chronique 2012 

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