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LES VIES DE GUSTAVE de GILLES DEL PAPPAS :

Gilles DEL PAPPAS est un écrivain prolifique puisqu’il a publié une bonne trentaine de romans. Marseillais, il est l’un des chefs de file du roman noir méridional, l’idée en elle-même sonne comme un oxymore, le noir au soleil du sud, mais les réalités littéraires sont toujours friandes de figures de style … L’oeuvre pappassienne est en vérité une mise en abyme perpétuelle, récits nourris d’autres récits, présent plongeant dans les traditions du passé… Ses héros regardent toujours vers un au-delà dont la Méditerranée ne dit pas forcément les limites.

Tiens parlons-en de la Méditérranée, elle en cache des secrets la bougresse ! La pègre le sait bien qui emmène les traîtres ou les bavards découvrir la splendeur de ses fonds, les pieds lestés d’un seau de ciment. C’est une vieille méthode qui a fait ses preuves et c’est ainsi que commence LES VIES DE GUSTAVE. Nous sommes en 1949 et Gustave, petit truand marseillais, s’apprête à faire le grand saut. Cependant il arrive aux truands d’être de mauvais maçons. Il ne faut pas barguigner avec le temps de séchage pour que le béton mérite son nom et quand on est trop pressé et bien on devient indirectement responsable d’un miracle… Celui qui était censé nourrir les poissons remonte à la surface et parvient in extremis à sauver sa peau. Gustave a de surcroît la chance d’être bon nageur...

DEL PAPPAS démarre très fort avec ce début à l’américaine où le lecteur pourrait aisément imaginer Robert De Niro ou Al Pacino dans le rôle de Gustave, sauf que la suite n’a pas grand chose à voir avec un thriller. L’affaire est marseillaise et va le rester jusqu’à la fin. Les truands sont bien présents mais l’auteur qui est un conteur-né nous propose un récit qui sort justement des autoroutes narratives habituelles pour nous entraîner sur un petit chemin provencal connu de lui seul où les histoires s’autorisent à suivre un cours inattendu. Ce roman pose une question tout à fait fondamentale : au fond que ferions-nous après notre mort s’il s’avérait que nous ayons une seconde  chance ? En d’autres termes que ferions-nous si, passés de vie à trépas, nous étions contre toute attente encore vivant ? J’en vois qui frémissent déjà songeant à la terrible histoire du colonel Chabert de Balzac. Del Pappas construit une fable moins noire et surtout plus provencale ; n’oublions pas que notre écrivain est du pays de Pagnol et de Giono. Les parfums, les goûts, les sensations du monde méditerranéen sont omniprésents dans l’oeuvre de cet amoureux de la Provence, les mots aussi … et les expressions de son pays. Balzacien Del Pappas ? Pourquoi pas après tout mais alors un balzacien de l’azur et du grand bleu avec l’accent de Marseille en prime.

Del Pappas partage avec Balzac ce goût de l’exploration des possibles de l’existence. Gustave était un vrai truand, un type qui n’a pas hésité à faire profit d’une forme de collaboration avec les nazis, la pire d’ailleurs celle des hyènes qui profitèrent de la déportation des familles juives de Marseille pour se remplir les poches. Mais comme souvent, quand les profits ne s’embarassent pas de moralité, l’avidité devient  infinie et Gustave  va marcher sur les plates-bandes de plus gros poissons  que lui. Dangereux, très dangereux, au point de finir avec un seau de béton au pied, à tenter de battre le record du monde des profondeurs ! Donc Gustave est mort pour tous ceux qui le connaissent. Il est le seul à savoir que c’est faux. Et à votre avis que se passe-t-il quand un homme possède la chance unique d’effacer les bandes de son passé ? C’est tout le propos de ce roman …

Je n’en dis pas plus sur le récit car ce serait gâcher la fête romanesque que nous a organisée Del Pappas pour la circonstance. Où l’on découvre qu’un curé peut être beaucoup plus qu’un épicier de l’âme, que notre Dame de la Garde n’est pas qu’une tête creuse, que la pègre, après avoir profité de la guerre sut rapidement se refaire une santé avec les alliés et les nouvelles autorités. Et Gustave dans tout ça ? Et bien disons que Gustave refait sa vie dans les règles de l’art.

La peinture que nous propose l’écrivain n’est pour le coup pas si loin de ce que Balzac réussit à l’époque avec son Chabert car le fond historique est traité avec un goût du détail qui permet au lecteur de se représenter ce qu’était Marseille en 1949 et ce que fut la fin de la guerre pour la ville, où l’on découvre la naissance de la French Connection et les débuts d’un nouveau personnel politique marseillais. Autant d’épisodes qui permettent d’élaborer un tableau tout à fait passionnant d’une époque et d’une ville.

Une dernière chose, le texte de Gilles Del Pappas est émaillé d’expressions provençales ou marseillaises tout à fait jubilatoires et la bonne idée c’est le petit lexique en fin d’ouvrage qui permet de rafraîchir la mémoire aux “estrangers”.

ARCHIBALD PLOOM (2012) 

 -   Le classement Romans CULTURE CHRONIQUE   

 

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