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LA SIBYLLE ET LE MARQUIS de NICOLAS BOUCHARD :

«La sibylle et le marquis» nous plonge dans le Paris du Directoire.. Une série d'horribles meurtres ont lieu. Marie-Adélaïde Lenormand, dite la Sibylle  , cartomancienne, en a des visions, imparfaites, certes, mais elle voit des visages et vit même en direct pendant son sommeil les tortures de certaines victimes dont la belle Zelmire...

Pendant ce temps-là, le divin marquis est contacté par des femmes fort bien mises, qui lui demandent d'écrire une pièce des plus lubriques, une sorte d'opéra tout à fait "orgiaque". Il trouve donc, grâce à sa fidèle maîtresse Constance, un musicien Monsieur Grétry, qui va inventer cet opéra à partir des écrits d'Anacréon, vieillard athénien, tout préoccupé par l'amour et le vin...

Le texte devient hilarant, Sade transforme les beaux vers de Grétry en chansons obscènes :

Quand l'aurore vermeille

Va colorer les cieux

L'hirondelle s'éveille

Et nous ouvrons les yeux.

Nous volons à plaine;

Là, notre bras dispos

Puise au sein de la peine

Les douleurs du repos."

devient:

"Quand son foutre, merveille,

Vient enflammer mon cul,

Mon désir s'éveille

Jusqu'à ce que je l'ai bu.

Nous foutons à grand train

Car son membre dispos

Puise au fond de mes reins

La jouissance sans repos."

Sade est merveilleusement décrit. Il revit littéralement devant nous, ses textes aussi, en particulier "Les cent jours de Sodome", qui semblent inspirer la série de crimes ou " Justine ou les infortunes de la Vertu."

Qui se cache donc derrière toute cette barbarie ?

Eh bien lecteur,  cherchez la femme ou les femmes qui n'ont rien compris aux discours d'Olympe de Gouge et les interprètent à leur manière, pour éliminer dans un spectacle sanglant un maximum d'hommes voués à la luxure. Dieu merci, le marquis et la Sibylle échapperont à la tuerie... Même si la fin de Sade à Charenton, dans l'asile de fous, n'est guère plus enviable.

Tout le roman est émaillé de références historiques, de lettres de Fouché, de Barras, d'extraits d'Aristophane, d'Anacréon. Le Paris des prostituées, des bouges, la rue Taillepain sont magnifiquement ressuscités, dénotant un travail considérable.

«La sibylle et le marquis» est une oeuvre jubilatoire, l'auteur nous amuse, autant qu'il s'amuse en jouant avec les mots, le plaisir, le sexe et l'Histoire.

 

SYLVIE LAMBERT (2012)

 -   Le classement Romans CULTURE CHRONIQUE  

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