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HÉLOÏSE EST CHAUVE d'EMILIE DE TURCHEIM :

 Héloïse est chauve, parce qu'elle est un tout petit bébé, Héloïse ne peut se calmer sans sucer le pouce de Lawrence, le beau pédiatre...

Héloïse est merveilleuse, elle est belle,  elle loupera son bac car elle est trop amoureuse du docteur, mais elle réussira en faisant des photos, elle sera célèbre et adulée, elle a "l'injustice ordinaire de la beauté", mais ce n'est pas d'elle dont j'ai envie de parler, non, bien que j'attende la suite de ce roman avec impatience, cela s'appellerait Héloïse est veuve, enfin je l'espère...

Non je vais me concentrer sur le beau médecin, séducteur impénitent:

Amant de la mère d'Héloïse, Mirabelle, il consomme également la grand-mère Jeanne, tant qu'elle est désirable...Il oblige Mirabelle enceinte à avorter, d'une manière très brutale : "Il pose sa main sur la bouche rouge et l'autre main sur le cou blanc qu'il étrangle entre ses doigts. L'arrière du crâne de Mirabelle heurte la vitre. Elle a de grands yeux fous, noirs, lardés de vert, où tremblent la lumière et les larmes. Si tu fais naître ce bébé, je te tue. Son accent anglais."

Quand Jeanne quémande un peu d'amour, il lui demande de rester "fière":

"Fière! Grâce à toi, je me sens vieille et minable depuis trente ans! Et je ne comprends pas pourquoi, j'ai accepté ça..."

Pourtant, elle mourra en contemplant une photo de Lawrence nu.

Marié et père de famille, il continue à fêter Noël chez Jeanne et à passer les vacances en Corse avec Jeanne, Mirabelle, Violette, sa femme Tilala et ses deux filles, Marine et Justine, c'est là qu'il séduira Violette, c'est là aussi qu'Héloïse le fera défaillir devant sa jeune beauté:

"Lawrence à l'ombre des eucalyptus, la guette qui se prélasse, rouge et nue sur sa serviette. Il tient par son bord son chapeau de paille. Gatsby le magnifique, ouvert sur son transat. Pantalon de lin. Braguette à boutons. Serrée et solide. Nausée dans les tempes. Afflux de sang. Eclosion de taches blanches dans le paysage surexposé. Jambes en pâte à modeler. Main à plat contre le tronc déchiqueté de l'eucalyptus. Eclat de l'alliance à l'annulaire gauche. S'évanouir en regardant l'intérieur de ses cuisses venimeuses."

Pour elle, il quittera sa femme, il aura des enfants alors qu'il est déjà grand-père, ils se fâcheront parfois, mais il demeurera le grand amour d'Héloïse.

Que lui trouvent donc toutes ces femmes?

Hormis son accent irlandais, il semble bien banal, terriblement banal et c'est sûrement pour celà qu'il est attachant, il incarne "l'homme" avec ses faiblesses, ses travers, ses lâchetés, un éternel masculin...

"- Il y a trente cinq ans, j'étais avec ta mère. Tu y penses?

-Tu as l'impression d'aimer la même femme qui aurait rajeuni...Et peut-être tu aimeras ma fille et la fille de ma fille... Alors tu nous aimeras toutes sans t'arrêter et l'amour te rendra immortel."

Jouant avec son fils, il se reproche de n'avoir pas su s'occuper de ses deux premières filles, voyant que Justine part à la dérive, il cherche à l'aider mais ne trouve qu'une seule chose à lui dire, la flambée des prix de l'immobilier à New York...De même il est incapable de consoler Mirabelle, maltraitée par son mari:

" Baptiste me cognait et tu as dit quoi? Un homme plus doux! Tu es l'homme le plus lâche de la terre".

Comme l'écrit l'auteure, c'est le roi de l'esquive: "Il sait prendre de la distance. Avec les corps, c'est son métier. Avec les sentiments, c'est sa solitude, son antre de folie. Il sait tout éviter. L'intimité, les doutes, les regrets. Il pourrait courir sous la pluie sans être mouillé."

Ce portrait d'homme, brossé dans un style parfait, nous incite, sans conteste à nous interroger sur l'amour, la beauté et le temps qui passe inéluctable, comme pour Rosa, l'égérie d'Héloïse :

"Son égérie lui donne une impression de pathétique. Le fond de teint, le visage en ruine. La robe trop vaste, vide, à vau-l'eau. Et dans la transparence des iris bleus, une lumière d'orgueil et d'incurable déception."

SYLVIE LAMBERT (2012) 

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-- Le classement Romans CULTURE CHRONIQUE

 

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