Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
LA PREMIÈRE GUERRE D'HITLER de THOMAS WEBER :

Qui est ce jeune homme autrichien soulevant son chapeau dans un rassemblement patriotique sur l’Odéonsplatz à Munich ? Adolf Hitler en août 1914. Ce peintre raté, solitaire, sans métier, coupé de son milieu familial, est exalté par la déclaration de guerre et s’engage comme soldat volontaire dans l’armée allemande. 

Il est nommé estafette dans le régiment List qui devient sa famille. Sur le front, au Q G des officiers, il évite la guerre de tranchées. Hitler est un soldat, un patriote, aux idéaux nationalistes, mais relativement protégé du danger. Il ne vit pas constamment sous les obus, dans la boue, avec les rats, les poux, dans la puanteur des cadavres en voie de putréfaction. Il ne connaît ni Verdun ni la bataille de la Somme.

Jusqu’à la fin de la guerre, malgré le climat de défaitisme qui s’étend chez les combattants, il croit dur comme fer en la victoire de l’Allemagne. Il reçoit la croix de fer parce qu’il est au service des gradés de « l’arrière ». Cette famille du régiment, bien que très diminuée en 1918, sera érigée par lui au rang de mythe. Thomas Weber rétablit la réalité historique et démontre que, seuls, quelques anciens camarades, comme Max Amann et Ernst Schmidt, accompagnent le Führer tout au long de sa trajectoire politique.

Après un soutien de quelques mois à la république socialiste de Kurt Eisner, Adolf Hitler adhère, à l’extrême droite, au Parti National Socialiste Ouvrier Allemand (NSDAP). Cette nouvelle famille, dont il est l’orateur le plus charismatique, le propulse au premier plan et le fait triompher en politique dans l’Allemagne traversée de crises des années 20 et du début des années 30.

Dans ses discours, qui traduisent une volonté de fer, il entretient l’esprit de revanche et ne cesse de dénoncer la trahison de ceux de « l’arrière », avec à leur tête les communistes et les juifs, responsables de la défaite. Il fustige les autres partis de la république de Weimar, incapables de remédier au désordre économique, social et moral qui a fait de l’Allemagne un pays malade.

Au pouvoir, Hitler se sert idéologiquement de la première guerre pour préparer la seconde qu’il sait inéluctable. Il veut bâtir sur les ruines laissées par la défaite de 1918 puis par la république de Weimar. En réduisant fortement le chômage, en assurant la prospérité économique, en réintégrant les territoires occupés par les Alliés, en réarmant surtout, plus que dans tout autre pays, Hitler veut que l’Allemagne, honteuse du diktat de Versailles, soit à nouveau respectée et occupe tout l’espace vital qui lui revient. La revanche sera à la fois idéologique, politique et militaire

Adolf Hitler développe sa légende de premier soldat de l’Allemagne, soudé avec ses camarades de combat, comme doit l’être le pays tout entier autour de lui. Les historiographes nazis transforment le simple estafette en héros glorieux de 14 –18. 

Le mythe personnel sert une idéologie qui laisse penser qu’une ère nouvelle, de mille ans, s’ouvre en Allemagne avec le triomphe d’une société sans classe. Elle est bâtie sur une seule communauté de race, uniquement soucieuse de la puissance du peuple germanique.  

Pour préparer sa deuxième guerre, Hitler veut que la communauté allemande rejette irrémédiablement ceux qui ne sont pas dans ses rangs. Sa propagande  dénonce d’abord les juifs, d’une race inférieure et nuisible, ramassis de traîtres et de parasites, nocifs pour l’Allemagne et l’humanité tout entière, les communistes, porteurs d’une autre idéologie, ennemis jurés sur le plan politique, ainsi que l’ensemble des opposants et des minorités qui n’ont pas adhéré au nazisme et sont bannis de la société. Hitler tourne le dos à l’Allemagne de la première guerre mondiale qui intégrait toutes les composantes de la nation et ne connaissait pas l’antisémitisme de race. La communauté nouvelle est bien davantage constituée de nouveaux nazis fanatisés que d’anciens combattants de 14-18.

Il instaure contre les juifs, quelle que soit leur place dans la société, des mesures  de discrimination et d’ exclusion de toutes sortes puis, avec la deuxième guerre mondiale, il élabore les étapes ultimes de l’extermination physique de masse, le génocide, la solution finale, la seule pensée dans « Mein Kampf ». Des anciens soldats juifs du régiment List subissent ce sort tragique. Ce que la première guerre n’aurait jamais permis de faire, Hitler le réalise grâce à la seconde.

Thomas Weber montre comment la machine nazie, une fois en mouvement, ne peut plus être arrêtée à l’intérieur puis à l’extérieur de l’Allemagne. Hitler, qui a tiré les leçons des échecs militaires du passé, remporte, grâce à la « Blitzkrieg », des succès foudroyants sur tous les fronts. C’est une revanche époustouflante sur l’immobilisme, l’usure et la défaite de 1914-1918. Ce début de deuxième guerre mondiale, qui efface tous les échecs de la première, assure le triomphe personnel d’Hitler. L’écrasante victoire militaire renforce sa foi inébranlable en lui-même. Son infaillibilité lui vaut un véritable culte de la part d’une communauté tout entière, rassemblée autour de lui.

La famille d’Hitler s’est construite au sein du régiment List, dans le parti nazi puis elle s’est fondue avec le peuple allemand. Le Führer l’entraîne dans ses projets les plus fous. A Stalingrad notamment, il perd le sens des réalités, se réfère à ses mythes et à son expérience dépassée de soldat de la première guerre. Cela le conduit à l’échec. Hitler associe à son propre destin l’Allemagne tout entière pour la conduire, au bout du chemin, jusqu’à la défaite et au suicide. L’issue du conflit est une apocalypse pour le pays et son régime.    

Thomas Weber, professeur à l’Université d’Aberdeen, spécialiste de l’histoire contemporaine,  montre un souci constant de rétablir  la réalité historique, toujours contraire aux mythes fondés par l’idéologie. Il analyse comment celle-ci fabrique l’Histoire pour la mettre à son service. Il oppose sur bien des points les deux guerres d’Hitler et les deux mondes dans lesquels elles se sont déroulées. Il rétablit les choses en démontrant que le second conflit mondial n’est pas, comme on le pense, la répétition ou la suite du premier.

Hervé GOSSE (2012)

 -   Le classement Romans CULTURE CHRONIQUE   

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :