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THE SKELETON BAND : BELLA MASCARADE :

On peut nourrir toutes sortes de préférences musicales, passer par des périodes de folle passion pour un artiste, redécouvrir des oeuvres qu’on avait oubliées ou négligées - au hasard réécouter l’intégrale de Johnny Cash laissée trop longtemps au fond de sa discothèque -, sentir les larmes vous monter aux yeux en tombant dans un marché aux puces sur le 33 tours de 1966 d’Aftermath des Stones…  En terme d’émotion musicale rien n’est à négliger car c’est un peu de notre “être au monde” qui se soulève dans ces moments d’intimité avec une oeuvre, un artiste ou un groupe. C’est la raison pour laquelle je reste toujours à l’affût de ces moments où on a le sentiment de faire une vraie rencontre à l’écoute d’un album. Lors de la dernière réunion de rédaction de CULTURE CHRONIQUE, Archibald PLOOM me glisse le dernier opus de SKELETON BAND intitulé BELLA MASCARADE.  “Tu vas voir Arnaud, ces gars-là sont d’une inventivité incroyable … Ils font de la musique dans une casse et ça marche !” Je regarde la pochette qu’il vient de me glisser dans les mains : “Dans une casse ? Qu’est-ce que tu veux dire ?” Archibald sourit ; je connais ce garçon depuis des années, il lit un livre par jour et écoute de la musique jour et nuit et je sais qu’il  choisit son lexique avec le plaisir d’un esthète… alors le terme “casse” ne vient pas dans la conversation par hasard.  Mister PLOOM ne tarde pas à éclairer ma lanterne : “ Je veux dire que  si  une puissance ennemie  détruit tout ce que la civilisation a créé de technnologie électrifiée ou electronique, ces types-là continueront à faire de la muique avec ce qui  leur tombe sous la main, des morceaux de tôle, de verre, de vieux instruments rafistolés…”. Du coup je comprend mieux, LE SKELETON BAND trouverait dans une casse de quoi jouer de la musique quand d’autres se rendent à Paris dans le quartier de Pigalle pour s’acheter une guitare. Fin de la réunion, je repars avec ma petite pile d’albums dont certains ont donné lieu à de sacrés engueulades après écoute. C’est comme ça à chaque fois et c’est tout le charme de CULTURE CHRONIQUE. Mais BELLA MASCARADE, on ne l’a pas écouté ensemble, Archie à juste dit  “Celui-là échappe à la démocratie du discours et la générosité de l’échange, il est pour LANKIRI… ”  Et personne n’a moufté, alors j’ai gardé le LP sur le haut de ma pile.

Satané Archibald ! Il m’avait drôlement mis l’eau à la bouche et il faut reconnaître qu’il ne s’est pas trompé. Cet album, je l’écoute en boucle depuis des jours sans me lasser. Il faut reconnaître que les trois membres du groupe sont très polyvalents du point de vue instrumental. Une petite recension s’impose qui en dit long sur l’incroyable inventivité de ce trio-là : Alex Jacob (voix, guitares, harmonica, concertina, orgue, roue de vélo), B. Jacob (basse, banjo, mélodica, lap steel, voix, casseroles),  Salsky Jr  (batterie, glockenspiel, guitare, bidon d'essence, machine à laver). Si vous êtes un peu curieux, vous devez vous demander ce qu’une machine à laver, une roue de vélo ou une casserole viennent faire dans un inventaire instrumental ?  Et pardi tout simplement parce qu’il s’agit bel et bien d’instruments de musique, de ressources supplémentaires. Comment dire ? Quand nos trois acolytes commencent à réfléchir à un titre - par exemple VAGABOND RAGS qui ouvre l’album – ils ne se contentent pas du texte et de la composition, ils créent véritablement une ambiance sonore ou l’étrangeté le dispute à la créativité et à la trouvaille. VAGABOND RAGS donne immédiatement le ton de l’album : le couple basse-guitare renvoie tout de suite à une ambiance Nick Cavienne qui nous plonge dans  une atmosphère de sous-sol berlinois. Le titre suivant PERMANENT VACATION enfonce le clou et nous laisse la plaisante sensation que le groupe ferait merveille sur une bande originale d’un film de Wim Wenders. WILLIAM LEE CONKEY démarre sans batterie et dès que celle-ci intervient on a véritablement l’impression d’être dans une fête foraine en train de regarder la grande roue s’élancer vers l’espace infini de nos rêves.  PETIT TÉMÉRAIRE est le premier titre en français. Généralement je déteste les changements de langues dans une track list mais je dois avouer qu’ici la langue importe peu tant l’ambiance musicale a déjà fait son oeuvre. On a juste l’impression qu’Alex Jacob est le frère jumeau d’Arthur H ce qui, selon moi, est loin d’être une insulte. Sur CRÉANCIER MASCARADE la voix d’Alex Jacob semble soudain se marier à celle de Tom Waits dans un ballet fantomatique à faire déprimer une armée de bout-en-train. MISTAKE fait ronfler les tambours et sonner joliment un son d’orgue que le groupe ne pouvait manquer d’inviter à son banquet sonore et musical. EMECHÉE LA MÈCHE fait cette fois passer le fantôme de Tom Waits au piano, tandis que la rédaction du texte exige le meilleur de Boris Vian. Humour décalé qui aurait pu être celui d’un poilu à Verdun après un assaut une fois de plus inutile…  RENGAINE RAFIOT nous invite à une fête des sons et des mots que Jacques Higelin trouverait certainement tout à fait à son goût. 

NEW ORLEANS nous propose une fanfare merveilleusement entraînante et inventive qui débouche sur la basse et les guitares caviennes de BANQUEROUTE qui nous rappellent que les fondamentaux ne doivent jamais être oubliés sutout en ces temps de crise… THE LAMB & THE SLAUGHTER et son bandjo de trois sous nous plongent dans une ambiance cabaret un peu destroy aux alentours de quatre heures du matin avant que RONFLANT RENFORT surgisse sans tenir particulièrement forcément à nous remonter le moral mais le texte possède une poésie désespérée indéniable. On prend sa place dans ce décor perclu de peine et de tristesse. SITTIN’ ON THE TOP OF THE WORLD sonne comme un lointain appel d’une Louisiane sortie tout droit de notre imaginaire. On entendrait presque passer un train au loin.

LE SKELETON BAND a choisi le chiffre 13 pour boucler sa track list. Provocation indéniable au mauvais sort mais clin d’oeil aussi d’un groupe qui connaît suffisamment les symboles pour planquer un fantôme de plus dans le placard. Je crois qu’on appelle ça tout simplement de la générosité…

Au fait, je n’ai trouvé ni machine à laver, ni casseroles, ni roue de vélo. Elles sont drôlement bien planquées au fond de la casse du SKELETON BAND ….

ARNAUD LANKIRI (2012)

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