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TEREZIN PLAGE de MORTEN BRASK :

Terezin Plage nous entraîne dans un camp de concentration (Teresienstadt) durant la seconde guerre mondiale. Premier roman de Morten Brask, il a été inspiré par le témoignage de l’écrivain Ralph Oppenheim, lui-même prisonnier dans ce camp.

La particularité de ce camp est d’avoir servi « de vitrine » aux activités nazies. En effet, même si les conditions de vie y sont inhumaines, Terezin n’est pas un camp de la mort ni cependant une vraie ville comme voudraient le faire croire les nazis aux juifs lors de leur arrivée. Ce lieu sert le cynisme du Führer avec ses écoles, ses hôpitaux, ses activités culturelles organisées autour des compétences de nombreux juifs célèbres (artistes, intellectuels…) dont la disparition n’aurait pas manqué d’intriguer la communauté juive. La correspondance avec l’extérieur y est encouragée tout en étant, bien entendu, très contrôlée, voire organisée.  Cette illusion de vie tranquille sera affichée aux yeux de la communauté internationale et couvrira ainsi les objectifs de solution finale des autres camps.

Daniel, médecin danois y arrive après un long voyage dans l’un de ces trains à bestiaux si souvent décrits par les déportés. Sa fonction lui vaut d’avoir une place dans l’hôpital du camp.

Spécialiste en maladies vénériennes, ce qui va probablement lui sauver la vie et lui donner une position très privilégiée dans le camp, il assiste aux nombreux travaux d’embellissement et doit se plier en tant que médecin à la grande mascarade des nazis lors de la visite d’une délégation danoise. Les autorités du camp se révèlent alors être de cruels metteurs en scène, ne laissant aucun détail au hasard pour donner à voir un lieu où il paraît bon vivre en temps de guerre. La réalité est pourtant tout autre et comme ailleurs, la peur, la faim, l’humiliation, la mort sont le lot quotidien. Les déportés vivent dans la terreur d’apparaître sur « les listes » régulièrement publiées qui décident de leur transfert, vers les camps de la mort cette fois.

Mélange de fiction et d’histoire, le personnage central croise au fil des pages des déportés ayant réellement existé, tel Kurt Gerron, acteur et réalisateur allemand,  pressenti en 1944 pour le tournage d’un film de propagande à la demande des Allemands et qui sera malgré tout déporté à Auschwitz.

Même si c’est déjà beaucoup, Terezin Plage n’est pas seulement un témoignage sur les camps.  Le narrateur va croiser le chemin de Ludmilla, une jeune femme dont il va s’éprendre follement et qui va devenir sa raison de survivre. 

Parallèlement à cette histoire d’amour qui s’inscrit dans l’Histoire, le narrateur revit les moments forts de son enfance, autre naufrage, autre déchirure dont la seule trace est un album photo qu’il a réussi à emporter.

L’auteur nous conduit avec pudeur sur ces sentiers parallèles qui se font écho dans la souffrance. Dans un style simple, limpide, il témoigne de ce camp particulier finalement peu connu. Le roman est dense, riche, mêlant la grande Histoire à celle du personnage principal et au bout de tant de souffrances, il résonne finalement comme une formidable leçon de courage et de force morale.

MARIE-PAULE DELPEUX (2012)

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--   Classement Romans CULTURE CHRONIQUE

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