Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
PAT KEBRA : LE COEUR SUR LA MAIN :

Qui a dit qu’il n’ y avait pas de vie après le rock ?  Ce n’est pas PAT KEBRA, l’ancien guitariste d’OBERKAMPF, groupe punk emblématique des années 80 qui répondra par la négative.  Lui qui, après avoir participé il y a maintenant près de 3 décennies à l’une des épopées les plus énergiques du rock français, nous propose une séance de rattrapage avec un album intitulé “Le coeur sur la main” qui ne laisse aucun doute sur la générosité de son créateur.  KEBRA, à travers 12 titres puissants, manifeste une ferveur adolescente qui ne lâche rien d’un bout à l’autre de l’album. 

D'abord il s’agit bien d’un opus de guitariste, le métal des six cordes attaquant chaque titre toutes griffes dehors. L’album est celui d’un homme de scène qui est rocker pur et dur.  Les titres en acier suédois sont autant de colères résolument sombres qui pourraient trouver leur synthèse dans le titre ultime : “Un monde de fous”. Au fond KEBRA ne comprend rien au monde dans lequel il est obligé de vivre et ses textes sont autant de constats sans appel sur le sens de nos existences.  L’artiste a vécu et le coeur dessiné sur la pochette a été visiblement brinquebalé à hue et à dia, il a souffert ce coeur, il saigne et l’autopsie ne dit rien de bon sur le cours des choses.

Ne cherchez pas non plus de mélodies léchées, ce n’est pas la came de notre auteur compositeur qui, comme l’affirme le sixième titre, est “Perpétuellement décalé” …  KEBRA est tout sauf un pop songer, quand il chante, il monte sur le ring et tabasse avec des mots gantés de cuir  l’injustice, la soumission et la bêtise.  Le combat est engagé et il faut 12 rounds à notre chanteur pour envoyer la réalité dans les cordes.

Le titre “Génocide” est émotionnellement très fort car il renvoie au génocide arménien auquel échappèrent les grands-parents de Kébra. Hommage à ceux qui, en traversant l’horreur et l’Europe, permirent à leur petit-fils de voir le jour quelques décennies plus tard.  “Face à Face” déboule sur un mode furieusement punk et nous rappelle si c’était nécessaire que notre homme et son band n’ont rien à voir avec la production de dentelle, le son est lourd et fait son office nous laissant le souffle coupé. “Que reste-t-il ?”  achève  de dynamiter l’ambiance  sur un rythme nerveux. Notons au passage l’excellente section rythmique basse/batterie qui impose un train d’enfer à cette galette d’acier fondu. “I Muchas Gracias” est une surprenante espagnolade qui constituera l’une des rares pauses de l’album. “Héros” équivaut à une bonne tonne de TNT rock habillée de jolis solos.   Vocalement aucun doute KEBRA n’est pas un BEATLES mais on s’en moque bien car ses origines punk lui fournissent un organe aussi blessé que son coeur, une voix teintée de colère mais sans amertume particulière.

Réjouissons-nous, PAT KEBRA s’est refusé à astiquer la vieille médaille OBERKAMF pour une aventure personnelle sans concession. Il démontre une fois de plus que l’une des valeurs fondamentales du rock est l’intransigeance.  KEBRA a choisi l’autoproduction pour contrôler la totalité de la réalisation de son album, preuve s’il en est, qu’il est encore possible de faire du vrai rock avec les moyens du bord mais surtout avec un enthousiasme  toujours  renouvelé. Merci monsieur KEBRA !

ARNAUD LANKIRI (2012)

  LES CHRONIQUES MUSICALES CULTURE CHRONIQUE

  LE MYSPACE  DE PAT KEBRA 

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :