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CARNET 36 : ZIMMER 202 :

La Femme aux cinq éléphants, version Homme.

J’ai rencontré la version Homme de la Femme aux cinq éléphants en la personne de Peter Bichsel, écrivain suisse. Il est vivant ce qui ajoute à ma joie ! Zoom arrière sur cette découverte !

Depuis presque 20 ans, un fil poétique se tend entre moi et la Suisse grâce à une amie, croisée un jour d’été 1993, par hasard (quoique), sur les chemins de Saint Jacques. Les douleurs de pieds tissent bien plus qu’il ne paraît des liens éternels. Bref, depuis toutes ces années, nous sommes en relation épistolaire et en correspondance d’âmes, ce qui coûte peu et apporte beaucoup ! (Effet facile, me direz-vous, mais nous aimons rire de nous et de cette amitié hors du commun). Impossible d’aller prendre le thé quand l’envie nous prend de papoter, de nous poser et de voir, côté à côté, le monde de notre fenêtre : nos thés restent virtuels. Ils n’en impriment pas moins des traces et nous raccordent secrètement. Ils cultivent notre art du rebondissement intérieur. J’en ai fini donc avec le contexte, j’en arrive au vif de l’affaire. Hier, dans ma boîte aux lettres, je reçois une enveloppe bien grosse venue de Suisse. C’est toujours un sursaut inattendu qui me rappelle à l’ordre, à ce quelque chose d’essentiel qui s’échappe si facilement de ma vie, pour toutes les bonnes raisons : le travail, la famille, les courses à faire, le ménage… : pschitt le fil poétique s’effiloche et je n’ai pas même eu le temps de le voir disparaître. Les timbres racontent déjà toute une histoire qu’il me faut lire : le train rouge de la Jungfrau, les fleurs de montagne, comme le tampon encré tout de vert avec son adresse, autant d’indices qui pour certains seraient juste du folklore et qui réveillent en moi une part endormie. J’ouvre : un programme des journées littéraires de Soleure, Solothurn, pour faire plus suisse ! Je feuillette. Beaucoup de noms d’écrivains me sont inconnus. Mon réflexe de bonne française est de me dire qu’ils doivent être mineurs. C’est connu : nous détenons en France le meilleur de la littérature et avons le plus beau pays du monde ! On ne revient pas sur certaines valeurs. Mais mon amie suisse a plus d’un tour dans son sac et pour appâter l’abeille lectrice que je suis, elle a glissé du miel au fond de l’envoi : un film sur un des écrivains invités, un certain Peter Bichsel. Elle sait, la fourbe, que je vais succomber. Le film s’appelle Zimmer 202. Il décrit le voyage à Paris de cet écrivain alémanique. Un drôle de voyage en vérité, car Monsieur Pierre regarde Paris presqu’uniquement de sa chambre d’hôtel, gare de l’Est, quittant à peine cet endroit pour quelques verres de vin au bistrot d’en face. Ce n’est pas pourtant pas un alter ego de Vila Matas, pas un as du subterfuge, de la mise en abime. C’est un doué du silence, comme du langage. Il n’observe pas, il regarde. Il marche avec cette lenteur déterminée qui dessine une présence au monde. Il cuisine pareillement. Pour tout cela, il est vraiment le pendant masculin de Svetlana Geier. Je suis immédiatement tombée sous le charme de ce taiseux à l’œil vif.  J’ai passé avec ce film une soirée magique, à voir Paris à travers lui, à travers ses 75 années de vie, à laisser décanter ses paroles, ses gestes, sa vie à Soleure, sa conception du mariage, son amour de la lutte à la culotte…Il m’a invitée au pas de côté au cœur même de ma ville aimée. Ensuite, je me suis précipitée vers le net, voir si certains de ses livres étaient traduits en français. Et j’en ai trouvés ! Mon amie a gagné ! Et si l’an prochain, j’allais avec elle du côté de Soleure à ces rencontres littéraires, si Paris n’était pas tout-à-fait le centre du monde…et que Georges Haldas, Nicolas Bouvier, Hermann Hesse et tant d’autres avaient semé de fructueuses graines de l’autre côté de la frontière…

Affaire à suivre !

Si un jour sort sur vos écrans ou en DVD  Zimmer 202 d’Erik Bergkraut, (sorti en 2010 en Suisse) laissez tomber la vaisselle et foncez !

 

MARCELLINE ROUX  (2012) marcelline.roux@laposte.net

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--  Les carnets littéraires de Marcelline ROUX

--  Le classement littéraire CULTURE CHRONIQUE 

 

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