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KO-KO Un ouvrage d'Alain PAILLER :

Le 6 mars 1940, Duke Ellington et son orchestre enregistrent  à Chicago, pour le compte de la compagnie RCA, Ko-Ko, couronnement du style jungle en plein triomphe du Swing  et des big bands  qui, outre celui d’Ellington, a vu ceux de d’Artie Shaw, Tommy Dorsey, Benny Goodman, Harry James, Freddy Slack, Sonny Dunham dominer la scène Jazz.

Alain Pailler dans cet ouvrage éponyme retrace la genèse de ce titre qui surgit comme un OVNI  dans le paysage musical de l’époque.  C’est aussi pour lui l’occasion de revenir sur la carrière atypique de ce génial compositeur et chef d’orchestre inspiré. Où l’on apprend qu’Ellington avait rapidement compris que le swing n’était  pas une fin en soi. “ Duke considérait d’ailleurs que, dès la fin des années trente, la Swing  Music, se trouvait en état de stagnation, ne faisant que ressasser des formules éculées.  Le fait de concentrer l’attention sur l’expression ternaire de la pulsation fondamentale ne suffisait pas selon lui à faire du jazz une musique suffisamment captivante, risquait même d’aboutir à une sorte d’impasse ; ce dont témoignait la musique plutôt stéréotypée des big bands à la Goodman-Dorsey-Miller ; pour ne rien dire de l’importance parfois excessive accordée à la batterie dans ce type d’ensemble …”  Chez Ellington  le swing va bien au delà de la batterie, il se trouve à demeure  dans la trompette  de Cootie Williams, le cornet de Rex Stewart, l’alto de Johnny Hodges, la clarinette de Barney Bigard, le trombone de Joe Nanton ou la contrebasse de Jimmy Blanton.  Pour  Alain Pailler “Nombre de compositions et d’orchestrations ellingtoniennes  se suffisent à elles-mêmes, au point que la contribution des accompagnateurs  devient presque superflue ; les différents solistes se chargeant de mettre le feu au jazz sans l’aide de quiconque.”

Lié au monde du divertissement nocturne , le jungle jazzd’Ellington était au départ musique de cabaret , de music-hall, de vaudeville. Ko-Ko en sera l’aboutissement suprême.  “Pièce sauvage, agressive, barbare, Ko-Ko s’impose par son caractère dissonant d’une déchirante beauté. Derrière un manteau d’encre s’agrègent des fulgurances d’orage.” La structure harmonique  de ce titre de moins de 3 minutes – exactement  deux minutes 29 secondes - est celle d’un blues de douze mesures évoquant  l’Afrique de manière tout à fait pittoresque. En 149 secondes  “l’orchestre de Duke Ellington démontre une fois encore qu’il évolue désormais dans une sphère à part- ailleurs.” C’est cet “ailleurs” que Pailler va analyser pour le plus grand plaisir du lecteur avec un brio qui laisse souvent pantois  par l’érudition et la rigueur de l’analyse jazzistique.  

Issu d’une bonne famille de la petite bourgeoisie washingtonienne, Ellington n’avait aucun préjugé racial. Par ailleurs ses bonnes manières et son élégance dans les rapports humains lui permirent de se faire accepter à peu près partout  sans avoir à trop souffrir  du fossé qui séparait  les formations blanches et les orchestres noirs. Il s’imposa progressivement comme l’un des meilleurs compositeurs  et le maître d’une formation  de jazz légendaire.  La commercialisation de Ko-Ko sous forme d’un 78-tours (Victor 26577) constitue un acmé pour la formation ellingtonienne de l’époque et la place au sommet de la hiérarchie jazzistique. Le pianiste John Lewis déclara à ce sujet qu’Ellington fut parfait vers 1939-1941, période au sein de laquelle Ko-Ko  trône en majesté. 

 Pailler  attribue  le succès du titre à  plusieurs facteurs : structure harmonique,  puissance,  esthétique, interprétation.  Il écrit “Ko-Ko” est la manifestation de l’inouï  dans le jazz.” Et il ajoute : “Avec une pièce telle que Ko-Ko , traduction jazzistique de la frénésie vaudou, Duke Ellington affiche fièrement sa négritude et parvient à donner forme aux puissances invisibles dont l’esprit du Noir en Amérique ne s’est jamais coupé pour  enfin commencer à renaître au jour de son émancipation.”

Ko-Ko d’Alain Pailler  est un ouvrage maîtrisé  dans l’écriture et l’analyse dévoilant à nouveau la magie ellingtonienne  tout en s’interrogeant  sur la nature du génie de celui qui pendant plus d’un demi-siècle éclaira les soirées de millions d’amateurs de jazz.  Chronique d’un âge d’or mais aussi déclaration d’amour passionnée à un style musical qui malgré les années n'a pas pris une ride.

 ARCHIBALD PLOOM (2013)

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