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PRINCIPE DE PRÉCAUTION de MATHIEU JUNG :

Matthieu Jung retrace, ici, l'itinéraire de la vie d'un homme "ordinaire" que tout le monde admire pour sa transparence, sa "normalité": " Tu as de la chance, toi, tout roule dans ta vie. Tu sais, tu es un exemple pour beaucoup de gens, chez Credixis: non seulement, on loue ta rigueur professionnelle, mais en plus tu fais figure à la fois de père idéal et de mari modèle."

Mais, derrière cette image si lisse, se dissimulent bien des failles !

D'abord la famille, certes, il a deux beaux enfants, Julien et Manon, mais le premier fait une crise d'adolescence hors pair, se complaisant à ne pas ranger sa chambre, à fumer de la "beuh" et à mater des films pornos que son père découvre horrifié sur son portable, révélant sa bisexualité...

Quant à Manon, il ne comprend pas cet attachement quasi animal à son égard.

Cécile, son épouse, lui semble "parfaite", il est même étonné qu'une femme, aussi intelligente, ait pu jeter sur lui son dévolu. Leurs rapports sexuels sont satisfaisants, il se sent tout de même atteint par une certaine paresse au lit et elle l'agace parfois prodigieusement:" A la fin, elle me fatiguait, avec ses ratiocinations pseudo-esthétiques."

Tout cela vient  se greffer sur un terrain totalement hypocondriaque, notre héros, il conviendrait mieux de dire notre anti-héros, connaît une peur panique de la maladie et de la mort: "J'arrivais prématurément au terminus de ma vie, le sang ne circulant plus dans mes vaisseaux obstrués par vingt ans d'un régime alimentaire extravagant. Oh certes, je tenterais bien de me lever pour prévenir Cécile. Seulement mes jambes flageoleraient et je m'écroulerais, fauché par l'embolie."

Quand le docteur Truche lui fait faire des analyses, il ne vit plus avant d'avoir les résultats...

La lâcheté est incontestablement une autre de ses qualités, il n'ose affronter un de ses collègues de travail et va se plaindre de lui directement au patron.

 Couardise identique lors des heurts avec Julien, il contourne l'obstacle, tout en se reprochant de ne pas avoir réussi l'éducation de son fils, c'est seulement à la fin du roman qu'il devient "acteur" et non plus "spectateur" de son existence, notamment lorsqu'il assène une gifle à son fils qui le méprise souverainement.

Le tout baignant dans une sorte de délire paranoïaque, son obsession n'est-elle pas de faire installer des caméras de vidéo-surveillance dans sa résidence, pourtant si tranquille?

Lorsqu'il dénonce son collègue, il rentre dans sa banlieue à pas de loup, craignant à chaque buisson de voir jaillir des ennemis embusqués.

Ainsi, vous allez me dire, voilà un anti-héros fort antipathique, eh bien! même pas...

Il nous ressemble tant, lecteur, sa fragilité, ses doutes, son impuissance à comprendre ce monde qui évolue si vite, peut-être trop vite pour l'humain, le transforment en une sorte de double de nous-mêmes:

" la posture de hérisson recroquevillé face aux transformations sociétales que j'adoptais depuis des années ne me mènerait nulle part."

Au travail, cela ne va guère mieux, il lui semble qu'à la quarantaine sa carrière " d'asset manager" stagne dangereusement, mais ce sont surtout ses collègues qui lui pourrissent la vie et surtout deux d'entre eux qu'il côtoie régulièrement aux heures des repas: Luc Landreau, ex-normalien, blindé de culture et qui sait tout, sur tout et l'infâme Ruszczyk Lionel, qui se plaît à l'humilier en public, déformant son prénom Pascal en "Pakal".

Lionel a deux marottes, les conquêtes féminines et les affaires de "parricide".

L'auteur adopte pour le faire parler un langage très actuel qui contraste étrangement avec les autres personnages très "coincés" de ce huis-clos, ce qui génère un comique rare:

"N'empêche, une semaine sans niquer on n’imagine pas comment ça fait du bien! Tu te ressources, tu te régénères, t'emmagasines du sperme au fond des glaouis."

La scène où Pascal lui fait, enfin, front est hilarante.

Mais, malgré son départ dans une succursale londonienne de la banque, il a instillé dans les veines de Pascal, à la fois, fasciné et révolté, une sorte de poison venimeux, le faisant hériter de ses fantasmes délirants...

Tout le roman traduit une maîtrise rare de la langue française quels qu'en soient les registres, la chute du récit est mortelle ! Je vous laisse le plaisir de la découvrir ... 

 

SYLVIE LAMBERT (2012)

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 -   Le classement Romans CULTURE CHRONIQUE  

 

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