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LES CARNETS DE LECTURE DE MARCELLINE ROUX (6) :

 

Les événements ont fait que je me suis éloignée de l’écriture des chroniques. Les lectures ont continué évidemment, comment ferais-je sans elles, mais sans être consignées. C’est un exercice intéressant qui se présente désormais : que reste-t-il de ces pages lues sans notes ? Quelles impressions, quelles images survivent en moi ? Vais-je même savoir quels livres j’ai lus ? J’ai jeté un oeil sur la pile près du lit et j’ai retrouvé la mémoire. J’avais tout d’abord parcouru d’une traite le dernier roman de Véronique Olmi, prêté par une amie. Oui, lu en seule journée. Je m’en souviens parfaitement : une journée de pluie intense, j’étais partie seule dans Paris dans l’espoir de marcher entre deux éclaircies. Elles ne se sont pas venues et le froid faisant, je me suis réfugiée dans le café du vieux colombier. J’ai lu dans le Rer, au Vieux colombier, puis dans un café de la place Saint-Michel, puis de nouveau dans le Rer du retour. Je peux dire que cette journée de pluie a eu la couleur de ce Premier Amour. J’étais dans Paris et pourtant, j’étais avec cette femme qui part subitement le jour où elle se prépare à fêter son anniversaire de mariage. Une annonce lue dans le journal la bouleverse, la voilà appelée par son premier amour. Loin du cliché, cette femme vit un voyage solitaire, traverse la France puis l’Italie, rencontre ses filles, sa soeur, retraverse d’une autre façon les événements de sa vie, bravant l’incompréhension de ses proches, suivant cet appel fou, qui pourrait résonner comme une révélation mais qui se révèlera autre et sans doute plus essentiel. Ce roman est un trajet qui ouvre sur un retour possible, dans la filiation d’Ulysse, sauf que pour une fois, c’est une femme qui ose le départ, au risque de perdre la confiance des siens, sans savoir ce vers quoi elle roule, sans savoir ce quelle découvrira. L’écriture de Véronique Olmi est d’une grande fluidité pour accompagner cette voiture lancée. Rien ne doit arrêter sa route, et pourtant tout est sujet de remarques, de visions parfois ironiques. Aucun angélisme, juste une traversée en relation avec soi. Ce n’était pas gagné et pourtant on embarque et l’on arrive au but, l’air de rien, sans se rendre compte du chemin effectué. Sans doute est-ce la force de ces pages : mettre en contact avec la vie qui passe, sans jouer avec la nostalgie, avec un regard aigu sur le passé nourri de présent. Rien ne revient sauf les êtres qui sont encore capables de bousculer leur quotidien et de se mettre en route.

 

Ensuite, j’ai ouvert Le Conflit, la femme et la mère d’Elisabeth Badinter. J’avais lu un article sur ce dernier essai et j’ai acheté cet ouvrage lors d’un salon du livre des sciences humaines à Paris. Encore un livre qui n’a pas fait long feu : le temps d’un week end. Le propos de Badinter est polémique : notre quête actuelle de nature, d’écologie, de maternité naturelle ne cache-t-il pas une régression programmée pour les femmes, qui n’auraient plus le choix de ne pas allaiter, de ne pas rester chez elles pour élever leurs enfants sans passer pour des mères indignes. Elisabeth Badinter ne condamne pas celles qui font le choix de l’allaitement, elle met en garde contre le système mis en place qui laisse de moins en moins de choix aux femmes qui voudraient faire autrement. Vouloir nourrir son enfant au biberon devient un combat. La femme devient mère et se voit icto facto rendue à la nature : devenir mère serait nécessairement naturel, et devenir père ? Quelle place est alors donnée à celles qui continuent de travailler, d’avoir une vie de femme en plus de celle de mère ? Sont-elles contre nature ? Ce retour encouragé de la femme dans son foyer n’est -il pas un moyen de faire face à la pénurie d’emploi, plus qu’un idéal de société ? Badinter interroge nos « prêt à penser », et revendique plus que tout le choix pour chacune en connaissance de cause, en liberté et non soumise aux non-dits d’une société qui se donne trop facilement bonne conscience.

 

Finalement, j’avais construit inconsciemment un fil entre toutes ces lectures celui de la figure féminine car le dernier roman lu pendant cette période est celui d’un auteur allemand : Katharina Hagena, Le Goût des pépins de pomme, qui parle aussi d’une femme. Cette dernière hérite d’une maison et se retrouve sans armes ni bagages à vivre dans cette demeure familiale, à revisiter l’histoire de ces autres : femmes et hommes qui l’ont précédée. Mais sa vie à elle ne se met pas entre parenthèses, au contraire, elle devient plus intense dans ce moment et ce lieu à l’écart. C’est le temps de l’acceptation d’un héritage qui est donné dans ce roman, il est lent à ses débuts, risquant même de rendre la lecture laborieuse, disons qu’il faut dépasser les cinquantes premières pages pour se sentir invité. Avant, rien n’est établi, laissant le lecteur à la périphérie puis les choses prennent vie à mesure qu’Iris, la narratrice prend possession des lieux et de son histoire. La nature, l’intérieur de la maison, les armoires, le jardin, la rivière sont autant de passages simples par leurs odeurs, leur lumière, autant de catalyseurs d’émotions. Rien de grandiloquent, à la mesure de ces vies qui ont dû composer avec les tourments de l’histoire allemande. Il semble que cette femme qui hérite transforme aussi l’héritage historique, et la douleur s’éloigne. Est-ce tout-à-fait rassurant ? Faut-il passer de la peinture blanche sur les inscriptions qui accusent le grand-père nazi ? Celui suffit-il pour cesser de se questionner ?

Et voici donc cette nouvelle liste autour du thème de la femme

Véronique Olmi /Le Premier Amour / Grasset 

Elisabeth Badinter/ Le Conflit, la femme et la mère / Flammarion

 Katharina Hagena / Le Goût des pépins de pomme / Editions Anne Carrière

MARCELLINE ROUX (2010)

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