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FRANÇOIS HOLLANDE OU LA FORCE DU GENTIL de MARIE-EVE MALOUINES :

De premier secrétaire du Parti Socialiste à candidat à l’élection présidentielle, François HOLLANDE est-il passé soudain du service des autres à son propre service ? Son parcours a toujours été plus ambiguë et il ne permet pas de donner une réponse tranchée à cette première question. 

Au début des années soixante-dix, François HOLLANDE a été représentant des étudiants dans les Grandes Ecoles et s’est montré un brillant interlocuteur au service des revendications des élèves.  Il est resté onze ans, de 1997 à 2008, porte parole du Parti Socialiste et s’est exprimé constamment au nom de sa famille politique.

Ses années en politique ont commencé dès sa sortie des études et au début des années quatre-vingts, avec l’élection de François MITTERAND. Il n’a, pendant tout ce temps, jamais oublié de « monter » en responsabilité. Il s’est imposé progressivement comme une figure politique incontournable. Il n’a cessé de côtoyer les hommes politiques au pouvoir. Il n’a pas voulu de fonctions qui le contraignent dans son désir d’évolution personnelle, d’où sa formule : « pas envie d’être ministre pour faire semblant ».

François HOLLANDE n’a t-il pas l’expérience des hautes responsabilités ? Comment peut-on n’avoir été ni Premier ministre, ni Ministre avant de devenir Président de la République ? Est-il arrivé à un si haut niveau par défaut ? Rien n’est moins sûr.

Il est sorti tout jeune de l’ENA, d’HEC, de Sciences Politiques, a acquis toutes les compétences d’un Haut Fonctionnaire de l’Etat. Dès 1981, il a été appelé dans les cabinets ministériels et présidentiels.

Il a été le proche conseiller de deux présidentiables successifs, Jacques DELORS qui a renoncé à se présenter et Lionel JOSPIN, qui a été battu, contre toute attente, au premier tour de cette élection.

Si elles l’ont enrichi sur le plan de son expérience politique, ces situations l’ont aussi amené près de la catastrophe. Ces échecs ont été ressentis par François HOLLANDE comme des coups d’arrêt à sa propre carrière politique. Il a même songé à interrompre son engagement dans ce domaine. Au final, il a toujours su rebondir.

La fonction de premier secrétaire a t-elle été pour François HOLLANDE un frein ou au contraire un tremplin ? 

Elle l’a sans doute amoindri, à certains moments, notamment lorsque les factions, au sein du PS, ont pu se déchaîner. Elle l’a mis en très grande difficulté, hypothéquant son avenir de leader, quand les opposants au courant majoritaire du PS ont semblé avoir raison dans l’opinion publique. Laurent FABIUS et son « non » au référendum sur les institutions européennes en 2005 recueille l’approbation du plus grand nombre ; c’est un échec cuisant pour François HOLLANDE, au sein du parti où il subit les assauts des ténors et sur un plan politique plus général car il perd sa capacité de leader, passe pour un homme indécis, faible, incapable de trancher les conflits. Son futur adversaire aux élections présidentielles de 2012, n’a t-il pas dit de lui : « un sucre qui se dissout dans un verre d’eau » ?

Cependant, François HOLLANDE, s’est toujours imposé, malgré les dissensions, comme l’homme de la synthèse des courants, de la conciliation des oppositions, garant de la cohésion d’un parti qui a finalement gardé toutes ses forces, malgré les périodes d’éloignement du pouvoir, notamment après 2002. François HOLLANDE est sorti renforcé de ces épreuves en se présentant comme l’homme du dialogue, connaissant de longue date tous les rouages du PS. Il s’est aussi montré à la fois comme un homme d’appareil et de terrain, notamment dans ses activités de député et de maire de la commune de TULLE.

François HOLLANDE est-il, dans sa personnalité, quelqu’un de faible, que l’on dit « mou » ou « trop gentil » ?

Pendant des années, il a renvoyé à l’opinion l’image de quelqu’un qui s’efface devant les plus grandes figures de la politique, plus en avant que lui, plus présentes et plus engagées dans les media. Son avenir semble plusieurs fois compromis, notamment en 2007, quand sa compagne, Ségolène ROYALE, s’impose comme la candidate du PS.

Est-il, au fond, quelqu’un d’hésitant, sans audace suffisante et sans charisme, qui n’ira pas plus loin dans sa carrière politique ? Il est gratifié de surnoms peu flatteurs qui semblent définitivement le discréditer : « Fraise des bois », « Flamby », « Gauche molle », « Capitaine de pédalo », « Monsieur ni oui ni non », des amabilités venant autant de droite que de gauche. On souligne sa rondeur au plan physique et on l’associe à l’aspect « lisse » de son caractère et de sa personnalité. Il est dépeint comme à l’opposé des personnalités rugueuses et combattives qui semblent devoir participer à l’élection de 2012. 

C’est oublier que François HOLLANDE attend son heure et qu’il s’est préparé depuis longtemps à accéder au sommet de la vie politique. Au fil des ans, il est devenu remarquablement habile et intelligent, particulièrement formé et compétent, parfaitement au courant de toutes les réalités sociales, brillant et subtile débatteur qui n’a rien à envier à ses adversaires. Il manie l’humour et l’ironie qui désarment les interlocuteurs les plus coriaces. Il évite toujours la colère et l’emportement qui montrent de la faiblesse. Il s’imprègne toujours plus des leçons du terrain. Il se comporte simplement, humainement, il est dans la proximité avec les gens, quels qu’ils soient. Il emporte l’adhésion de l’opinion et acquiert une forte légitimité auprès de son parti puis auprès des Français.

Quel couple François HOLLANDE et Ségolène ROYALE ont-ils formé ? Ce couple a t-il vécu dans la rivalité ou dans la complémentarité ? Leur carrière politique en sort-elle renforcée ?

En 2007, Ségolène ROYALE dame le pion à François HOLLANDE et aux autres prétendants à la présidentielle. Elle est la candidate de la gauche, populaire et charismatique, alors que lui ne semble pas avoir vocation à diriger le pays. La compagne de François HOLLANDE est au devant de la scène et en tête des sondages. Elle semble être un animal politique plus fort et plus combatif que lui. Lui semble rentrer dans l’ombre et ne plus jouer dans la même cour. Ségolène échoue honorablement au second tour de l’élection alors qu’elle garde un bel avenir politique devant elle. Cependant, elle n’a pas su fédérer suffisamment son camp.

En 2011, François HOLLANDE s’est longtemps préparé aux primaires du PS et a éliminé les autres candidats et candidates, dont Ségolène ROYALE, largement distancée. Il acquiert une légitimité incontestée au sein du PS, obtient le soutien indéfectible de tous dans le parti. Dans l’ombre en 2007, il ressort en pleine lumière en 2011. Il vit avec une nouvelle compagne.

Au delà de cette réalité, François HOLLANDE et Ségolène ROYALE ont formé un couple exceptionnel et inédit. Etre tous les deux au second tour de deux élections présidentielles successives, c’est du jamais vu en France et peut-être ailleurs. Ils ont montré l’un et l’autre beaucoup de pudeur, de dignité, d’intelligence pour parler de leurs relations publiques et privées. Ils se sont engagés aussi fortement qu’ils le pouvaient dans la vie politique nationale et locale. Ils montrent un dépassement formidable des idées que l’on se faisait ou des clichés que l’on avait concernant un couple présidentiel, sous la Cinquième République.

François HOLLANDE s’est-il finalement imposé en réussissant la synthèse qui dépasse les contradictions ? A t-il caché sous des apparences de faiblesse et de mollesse une volonté intérieure toujours à l’œuvre ? A t-il  fait de ses aptitudes profondes au dialogue, à la conciliation des forces indiscutables et parfaitement efficientes en politique ? Est-ce le triomphe final de la force du gentil ?

François HOLLANDE a t-il dissimulé ses véritables forces voire sa vrai personnalité ? Y a t-il eu métamorphose de son comportement, de son tempérament et de sa psychologie ?

Il se veut un Président « normal ». Qu’est ce qu’un Président « normal » ? Il annonce clairement ce que recouvre cette « normalité » : un Président acceptant de mieux partager ses pouvoirs, notamment avec le parlement, un Président acceptant de remettre en cause sa politique en cours de mandat, un Président épris constamment de justice sociale, à l’écoute de tous les composantes politiques et syndicales du pays, un Président soucieux d’établir une plus grande équité au plan fiscal, un Président privilégiant ceux qui vivent et réussissent par leur travail et par leur mérite et non ceux qui s’enrichissent de leurs rentes ou prospèrent en héritiers de fortunes déjà acquises.

Je me souviens d’avoir aperçu une seule fois François HOLLANDE. C’était un matin, au Salon du Livre de BRIVE. Il dédicaçait un de ses ouvrages qui venait de paraître. Il prenait la photo avec plusieurs personnes, peut-être des organisatrices du salon ou des membres de sa maison d’édition. Il m’a paru particulièrement chaleureux, donnant envie de lui serrer la main et de lui parler. 

Dans son ouvrage intitulé « François HOLLANDE ou la force du gentil », Marie - Eve MALOUINES, chef du service politique de France Info, réalise un essai passionnant sur la trajectoire complexe de cet homme politique qui, à l’issue de transformations successives et inattendues, parvient à accéder au sommet de l’Etat. Ce livre fourmille aussi d’informations sur le milieu politique français de ces dernières années.  

Hervé   GOSSE (2012)

 

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