Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
LE VASE OÙ MEURT CETTE VERVEINE de FREDERIQUE MARTIN :

Comment faire une chronique de ce roman sans le trahir ? Au fil des pages, on découvre en effet plusieurs livres, plusieurs entrées et le ton change au fil de la lecture passant du roman d’amour au thriller familial.

Le roman est construit à partir d’une correspondance entre deux personnages. Le lecteur découvre leur vie, la raison de leur séparation et va s’enfoncer peu à peu dans l’intimité de leur histoire sans pouvoir s’en détacher.

Au début, il y a Joseph et Zilka qui forment un couple de personnes âgées comme le lecteur pourrait rêver ses parents ou grands-parents : aimants, tendres, heureux de vivre ensemble après cinquante-six ans de vie commune. Ces personnages nous semblent d’emblée attachants tant leur lien est fort, leur amour intact. On apprend rapidement qu’ils sont séparés afin que Zilka, malade du cœur, (et c’est tellement vrai !) se fasse soigner dans un hôpital à Paris. Elle réside chez sa fille Isabelle, alors que Joseph est dans le sud chez son fils Gauthier, Isabelle estimant l’appartement trop petit pour héberger ses deux parents. Cette séparation est un supplice pour le couple qui échange par courrier souvenirs de rencontre et messages d’amour tellement sincères qu’ils sont poignants. On y voit la difficulté de vieillir loin l’un  de l’autre et la complexe réalité de la vie commune intergénérationnelle.

Mais le livre est plus que le roman d’amour d’un couple de retraités séparés par la maladie. Le lecteur découvre à travers le regard de Joseph et surtout de Zilka, les personnalités des enfants, Isabelle et Gauthier et la réalité des liens qui les unissent à leurs parents.

Joseph, père et grand-père facile à vivre, discret, nous entraîne dans la vie de Gauthier, le fils à l’écoute, compréhensif mais peu présent, dont le couple vacille et pour lequel on perçoit un mal être qui sera révélé au fil des différentes lettres.  

C’est avec les yeux de Zilka, beaucoup plus directe, passionnée, entière que l’on découvre sa fille Isabelle, jeune femme déprimée, jalouse, dépendante et unie à sa mère par un lien fusionnel.

Sous le verni d’une famille aimante, solidaire, le lecteur perçoit, avec parfois un certain malaise - celui peut être de se découvrir spectateur trop présent, trop impudique d’une histoire familiale intime une réalité qui se craquelle. Celle d’une famille trop parfaite - qui a ses failles, celle d’un amour si passionné qu’il peut être destructeur.

Le titre du roman «  Le vase où meurt cette verveine » est un clin d’œil au poème de Sully Prudhomme, « Le vase brisé », métaphore du cœur brisé par un chagrin d’amour:

 

Le vase où meurt cette verveine
D'un coup d'éventail fut fêlé ;
Le coup dut l'effleurer à peine :
Aucun bruit ne l'a révélé.

(…)

Souvent aussi la main qu'on aime,
Effleurant le cœur, le meurtrit ;
Puis le cœur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt ;

Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde ;
Il est brisé, n'y touchez pas.

 

Dans un style empreint de poésie, les correspondances échangées sont également parfois très drôles, tels les épisodes où Zilka affronte son médecin et égratigne un univers hospitalier trop froid, centré sur la pathologie et négligeant l’humain.

« Le vase où meurt cette verveine » est donc un livre  sentimental, poétique, noir aussi,  et pourtant parfois drôle. Vous ne pourrez plus vous en détacher et il vous amènera peut être à vous interroger sur de nombreux thèmes tels que la famille ou la vieillesse.

Marie-Paule DELPEUX (2012)

 -                                              -

 - Le classement Romans CULTURE CHRONIQUE 

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :