Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
COMEDIENS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI... :

Je ne m’attache plus beaucoup aux comédiens d’aujourd’hui, et tout particulièrement en France. La plupart d’entre eux souffrent des travers de l’époque et ne font que refléter des tendances lourdes ou renvoyer de fausses illusions.

Déjà, la plupart d’entre eux ne possèdent pas le magnétisme de leurs aînés, ce truc indescriptible qui les font paraitre plus grands, plus forts et plus brillants qu’ils ne le sont en réalité. Et ce n’est pas seulement la « cinégénie » et le « charisme » que nous décrivent sans passion des critiques qui, eux-mêmes, ne sont guère scriptgéniques. Par souci de réalisme, ou de naturalisme ou de vérisme, suivant les chapelles, on s’est rapproché depuis trente ans de typologies physiques et comportementales non pas « normales » mais « ordinaires » alors que l’art dramatique et cinématographique a toujours eu pour graal la quête de l’ « anormal » et de l’ « extraordinaire ». Le cinéma français nous propose des vedinettes ou des micro-stars qui ressemblent à nos voisins dans le bus ou à nos copines de stretching. La beauté n’est qu’un des paramètres. On sait qu’il existe des beaux invisibles, des belles inaudibles, les journaux en sont pleins. Ce qui compte, encore une fois, c’est le rayonnement. A l’image si on imprime tous, très peu sont brillants, au sens de radioactifs. Les rayons lumineux sont sans pitié, le soleil élit ses grands prêtres et laisse des millions d’êtres dans l’ombre. Ces castings français de gens extraordinairement prosaïques (et qui peuvent être de bons comédiens par ailleurs) se doublent d’un second et lourd handicap.

On ne leur dialogue que des lieux communs quand ce ne sont pas des lieux d’aisance. On admirera toujours les grands textes, les répliques admirables de Molière, Shakespeare, Tchekhov ou Guitry, mais au cinéma le mol consensus des critiques, des handicapés de la télé ou des producteurs moroses cherchera toujours à écarter le brio d’un dialogue. Dans ce domaine il est fascinant de voir à quel point le terrorisme des incultes, s’impose à ceux qui seraient le plus aptes à en juger : certains producteurs (il en reste qui ne sont pas des comptables), les auteurs et les acteurs. C'est-à-dire ceux qui croient, ceux qui écrivent et ceux qui disent. Le pouvoir est ainsi rendu à la médiocrité quotidienne. Les acteurs qui sont de grands lâches balanceront toujours la réplique pourvu que la lumière soit belle sur eux. Les auteurs qui sont des mercenaires alcoolisés aligneront les considérations minimales pourvu qu’elles soient déclarées à la SACD. Quant aux producteurs, ils hausseront les épaules en attendant les subventions.

Enfin, l’ultime catastrophe, c’est que nos comédiens biens aimés, qui nous affligent souvent de théories ennuyeuses venues de Stanislavski, Strasberg et autres gourous du même tonneau, ne se contentent plus de se regarder jouer, ils font pire encore : ils se regardent jouer à la manière de…

Avoir des acteurs intelligents c’est fréquent, parfois ils le sont devenus à force de fréquenter des textes. Mais avoir des acteurs intellectuels -ou qui jouent à l’être- ça devient ennuyeux, car on a le sentiment qu’ils cherchent à compenser quelque chose, comme si l’actorat était une activité aussi honteuse que le trading, la vente forcée, ou le métier d’huissier par exemple. Rappelons que l’acte de jouer est quasiment un chamanisme, une forme de réincarnation, pour ne pas dire de possession. On ne le fait ni en référence à une théorie, ni à un modèle : on le fait parce que c’est plus fort que soi. D’ailleurs les auteurs aussi connaissent ce moment de domination par un autre que soi qui, soudain, nous dicte ce que nous avons à écrire. L’acteur doit être « à son corps défendant ». Sinon il n’est tout simplement pas. S’il ne s’oublie pas, ça se voit. Or nos acteurs contemporains, pour l’immense majorité d’entre eux, ça se voit tout le temps. Comme si le personnage n’arrivait tout simplement pas à s’imposer. On est ainsi dans une génération de la posture qui joue qu’elle joue. On s’assoit, on fume, on marche, on sourit, on montre son cul, on pleure, on pleure, à la manière de… Or nous ne pouvons être des spectateurs à la manière de… C’est ça le paradoxe du spectateur : il veut être crédule, être pris au piège de l’être chimérique qu’il voit. Son ravissement au spectateur c’est d’être dupe, submergé l’espace d’une heure ou deux par des êtres cosmétiques qui vont lui singer la vie. Oui chers amis acteurs nous serons vos esclaves mais à condition que vous acceptiez d’être rois et reines. Sinon on devra vous couper les têtes.

 

 DENIS PARENT (2012) 

 Tiré de "Mémoire d'un amnésique"©

- -                                                                                                                                                                     

--  Le facebook de Denis Parent 

--  Le dernier roman de Denis Parent

--  Le classement des lecteurs 

 

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :