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MES LUMIERES (2) :

 A l'issue d'une frénétique poursuite, Thelma et Louise (film de Ridley Scott), traquées dans leur décapotable par une nuée de voitures pies, savent qu'elles n'iront plus très loin. Elles sont dans la montagne quasi cernées par la cavalerie quand se présente un ravin. Il suffirait que Thelma ou Louise, je ne sais plus qui conduit, tourne pour gagner encore un peu de temps... Mais à ce moment-là, elles se regardent. Fugitives, copines, complices, elles se disent un oui muet. Et puis c'est le dernier plan du film : il est très large et l'on voit la bagnole foncer droit dans le vide. Entraînée par sa vitesse, elle vole pendant quelques mètres, puis son nez commence à piquer... Je suis sorti comme tous les spectateurs de la voiture. Je suis resté sur la route, derrière le garde-fou. On ne sait pas si elles se sont prises la main pendant la chute. Si elles se regardent encore. Si leurs ceintures de sécurité les empêchent de se prendre dans les bras. C'est un plan qu'il eut été possible de réaliser mais l'éthique l'interdit. On laisse Thelma et Louise à l'intimité de leur chute. On se prive de leur mort, car il y a là un de ces instants d'éternité qui, au cinéma, fait que le coeur cesse de battre sans que personne ne rende l'âme. Ce n'est pas un film lesbien, c'est un film d'amours féminines. Elles aiment les mecs mais les mecs ne les méritent pas, ils sont tous dans des voitures pies. Alors elles s'admirent d'être si femmes, si libres, de sentir le vent dans leur cheveux, même si elles vont se crasher dans un enfer de feu noir et rouge la seconde suivante. Je repense toujours à ce regard entre Susan Sarandon et Geena Davis, cette approbation muette d'affronter le grand vide, crânement, avec panache pour ne pas s'appuyer la justice des hommes qui sent si fort des pieds. Tous ceux qui ont eu envie de s'envoler pour échapper à la pesanteur du monde auront ce regard en direction de leur double. Celui qui dit je suis Icare et je t’emmènerai dans le soleil, quoi qu'il m'en coûte.

DENIS PARENT (2012)                                              

 Tiré de "Mémoire d'un amnésique"©

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