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BENJAMIN BIOLAY : LE PETIT CON ET LE GRAND HOMME :

Faut-il brûler l’œuvre de Benjamin Biolay parce que cet ancien jeune homme – et oui Benjamin a dépassé la quarantaine ! - a souvent émargé à la rubrique  people pour quelques scandales arrosés de Vodka ? Pour ma part je me fous complètement de la vie privée de ce personnage bien éduqué mais pas forcément bien élevé. De la petite bande Murat-Benabar-Delerme-Dominique A, Biolay est sans doute le plus doué musicalement. C’est aussi celui qui s’expose le plus médiatiquement alors même que son talent dans ce domaine parait bien limité. Biolay n’a en effet à peu près rien à dire à la société qu’il emmerde du fond du cœur. C’est un solitaire et un grincheux, mais c’est aussi un gentleman qui traîne sa grande carcasse à travers un monde qu’il ne comprendra jamais. Il ne fera d’ailleurs pas l’effort de se mettre à sa hauteur. Il préfère noyer ses incompréhensions dans une consommation hyperbolique de petits shoot d’alcool fort tout en stationnant dans le même nuage qui perdit Bob Marley et avec lequel il n’a, évidemment, rien à voir sinon un goût certain pour les rythmiques reggae.

J’ajoute que Biolay n’est pas un chanteur. C’est plutôt un « susureur », un type qui hésite entre le fredonnement et la narration légèrement chantée. Comme l’ensemble des membres de la petite bande déjà citée, aucun n’aurait pu faire un remplacement chez Van Halen ou Deep Purple, même pas dans un groupe de baloches du samedi soir. Ces artistes ont définitivement renoncé à l’art lyrique qu’ils laissent aux professionnels.  Peut-on leur reprocher ? Ils connaissent leurs limites et, dans ce domaine, ces dernières sont très près du plancher…

Certains vont imaginer que j’ai déjà allumé ma cheminée avec l’œuvre du susdit Benjamin Biolay ! Rien de plus faux. Je suis franchement séduit par son travail et depuis longtemps. Tout simplement parce que Biolay ne s’est pas contenté de traiter Henri Salvador de gros con ! Il sait composer, arranger, créer des ambiances musicales tout à fait extraordinaires, écrire des textes pleins d’esprit et d’allitérations. C’est un joli condensé d’une bonne éducation à la française. Avec Biolay, vous embarquez pour un voyage chatoyant et contrasté. Ce qu’il s’inflige à lui-même, il l’épargne à son public. Il sait conserver la pose germanopratine qui sied aux petits gars qui ont fréquenté les bons lycées. Dès qu’il s’agit de musique, l’éternel jeune homme se transforme en surdoué des studios. Tout ce qu’il créé est touché par la grâce.

« La Superbe », son dernier album – un double s’il vous plait ! - est tout simplement excellentissime. Rien de clinquant. Juste de très bons titres ciselés par l’artiste lui-même. Avec Biolay, pas de surprise. Rien n’est laissé au hasard. Il assure le processus de création du premier accord au dernier coup de cymbale. Ce type est un hyper perfectionniste de la pire espèce. Production made in France à la manière Yves Saint Laurent. Un savoir faire d’orfèvre précieux et maniéré. Une précision d’horloger alliant modernité et tradition. Peu de sommeil, beaucoup d’obsessions, pas mal de fumées de toutes sortes. Le résultat : un opus sublime et désabusé, traversé de questions sans réponses et de divagations nocturnes. Biolay est indispensable à notre monde. Sa vie est une longue aventure sentimentale pleine de dédales et de chausses trappes. 

Difficile d’imaginer que le gaillard est né à Villefranche-sur-Saône tant l’ensemble semble inspiré par l’esprit rive gauche. Les spécialistes relèveront cependant d’indubitables références d’outre-Manche avec « Reviens Mon Amour » aux échos smithiens et « Prenons le Large » aux réminiscences New Orderiennes. « La Taxicomanie » voit passer le fantôme Elsenerien de Chet Baker, référence à la fois musicale à ce trompettiste raffiné et hommage à l’illustre junkie qui se prit une nuit pour un ange au point de faire l’expérience définitive d’un court vol plané depuis son balcon. 

Biolay connaît ses classiques et nous prouve à plusieurs reprises qu’il est un pasticheur né. Une génuflexion au pied de Michel Legrand (« Ton Héritage »), un Ave Maria pour Manu Tchao (« Tu Es Mon Amour ») et un Pater Noster pour le grand Bashung (« Miss Catastrophe »).

Mais les clins d’œil ne sont pas la seule spécialité de Biolay. C’est un compositeur talentueux avec ces vingt-deux titres inspirés qui nous laissent rêveurs et un peu déprimés. Ecoutez « Mélancolique », « Brandt Rhapsodie », ou « Raté ». Toujours le même constat négatif sur nos vies égarées dans les parages d’une super nova. Rien ne va, et pourtant nous continuons d’aimer et nous espérons l’être… enfin.

Disons le, c’est un album qui à frôlé l’aile d’un ange. Sûrement celle du vieux Chet…

ARCHIBALD PLOOM 

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