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LE JOURNAL DE JULES RENARD :

Les voyages servent à découvrir des classiques. Ces sommes que l'on n'ose pas aborder en temps normal, de peur de ne savoir où caser dans son quotidien le temps d'attaquer une oeuvre considérable. Pour le Vietnam, je partais avec les oeuvres de Duong Thu Huong, régionale de l'étape dont je dévorais "Terre des Oublis", "la ville" de Faulkner car typiquement je me vois mal lire le grand sudiste dans le métro et "le journal" de Jules Renard.

Depuis des années, la tranche verte de la collection Pléiade (fauchée avec l'accord tacite dans la bibliothèque parentale) de ce livre me narguait. Certain que cet auteur à l'humanité débordante me transporterait, je me lançais dedans dès l'avion. L'érudit chargé de l'apparat critique au début du livre dit fort justement que la grandeur de Renard est d'avoir, malgré sa rage de n'être pas plus reconnu et estimé, continué jusqu'au bout à tenir son journal. Renard a consciemment accepté d'embrasser un destin d'homme de lettres: 23 ans (1887-1910) pendant lesquels il a noirci des dizaines de cahiers. Il semblerait que la veuve Renard a privé (ah les femmes...) la postérité d'une partie de l'oeuvre. Son mari avait l'invective très facile et les victimes des coups de griffe de JR étant encore vivantes au moment de la première publication, elle voulut le préserver.

On y trouve, à chaque page, des merveilles "des étoiles dans le ciel. Il y a de la lumière chez Dieu'". "Un humoriste est quelqu'un de bonne mauvaise humeur"... Toutes ces perles qui rendent impossible la lecture du Journal de façon continue. Trop riche. Comme même le plus gourmand des enfants ne peut boire un tube entier de lait concentré sucré, la lecture trop continue du journal tourne la tête par la richesse des aphorismes. C'est pourquoi il faut se contenter de quelques pages par jour, laissant l'imposant livre sur la table de nuit ou la table basse près du canapé ce qui permet d'éteindre la télé ou Christophe Barbier et Jean-Michel Apathie demandent en arrivant sur le plateau à l'animateur de service (Calvi, Denisot...) qui est pour et qui est contre quoi...

Outre ses réflexions sur l'écriture qu'il n'envisage qu'exigeante à souhait, ses digressions un brin misogynes sur la vie de couple (en gros un homme doit pourvoir aux finances du foyer et peut, à ce titre, avoir quelques maîtresses) Renard nous emporte surtout par ses descriptions des rencontres quotidiennes. Bory après lui en a tiré un livre admirable sur le regard aux passants, Renard aime l'humanité, le soiffard du bistrot, le facteur, le paysan à côté de chez lui et nous transmet sa bonhommie feignant d'être rosse et misanthrope. Sa vraie haine des autres ne concerne que le mundillo littéraire. La vie littéraire, ses salons, ses ragots, ses espérances et désillusions, occupe une place fort importante dans le recueil. On y retrouve des personnages récurrents, les copains (Daudet, Schwob) les figures (Baudelaire) l'ami perdu par le succès (Rostand) et l'ennemi juré (Barrès). Tout ceci rythme fort agréablement le récit sans que l'on change son avis sur les uns ou les autres (il faut toujours continuer à faire découvrir Schwob et réhabiliter Barrès parce que "les déracinés" c'est quand même admirable).

Après quelques semaines (voire mois), fatalement, la lecture s'achève. On quitte à regret cet univers si plein d'émotions qu'on ne veut pas le secouer comme dirait Calet ; peut être, dans quelques années, y reviendra t-on ?

 

VINCENT EDIN (2012)

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