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MA FEMME M'A PLUMÉ de Paul JOB :

Je n’avais jamais fait le rapprochement entre Paul Job, que j’ai rencontré de loin en loin lors de nombreuses manifestations culturelles, et Steve. Il a fallu que l’on se croise dans un vol entre Paris et San Francisco en octobre 2011 la veille des obsèques du fondateur de la marque à la pomme pour qu’une petite lumière – toute petite – s’allume dans mon cerveau de chroniqueur littéraire.  Mais alors … ? Reste que je n’ai jamais osé lui poser la question.  Ce grand spécialiste de cinéma qui fut un scénariste et un critique de cinéma renommé doté , de surcroit,  d’une authentique plume mérite de n’être considéré que pour ses qualités professionnelles et non pour son lignage prestigieux…

Nous voilà donc tout à nos retrouvailles survolant l’Atlantique et devisant dans l’un des couloirs du A 380  quand Paul me glisse qu’il vient de boucler un ouvrage sur le divorce.  Surprise de l’auditeur à l’annonce de cette surprenante révélation, surprise augmentée lorsque Paul  ajoute “Le mien…”. “Un témoignage donc ?”   esquisais je, un peu éberlué de le voir s’engager dans une voie aussi risquée. “En quelque sorte mais pas seulement… c’est aussi un essai historique et juridique sur le divorce !”  Les réacteurs ronronnaient et la nuit n’en finissait pas de tomber au dessus des nuages quand une célèbre actrice française passa devant nous et s’arrêtant devant Paul l’embrassa comme du bon pain  ainsi que votre serviteur tout esbaudi par cette incroyable circonstance.  Après cinq bonnes minutes de conversations cinématographiques la jeune actrice nous abandonna finalement à notre conversation première . “Mais alors, dis-je encore assommé d’avoir fait la bise à une comédienne oscarisée, ce livre qui raconte ton divorce tout nous proposant une réflexion  sur cette vénérable institution  comment vas-tu l’intitulé  ? “ Et là je vis l’oeil de Paul s’éclairer : “ Son titre est simple : Ma femme m’a plumé”. Grand éclat de rire, aérien de surcroit.

Me voilà donc quelques mois plus tard recevant l’ouvrage susdit portant effectivement le titre que m’avait indiqué  son auteur avec cependant une mention supplémentaire sur la première de couverture : “On ne connait vraiment sa femme que lorsqu’on la quitte”. La lecture de cet éclairant essai révélant au lecteur qu’effectivement votre chère moitié peut vous rendre aussi pauvre que Job après des années de tracasseries administratives.

Les hommes ont dominé la société pendant des siècles, sinon des millénaires et cette domination semble toucher à sa fin. L’institution du divorce, qui suit avec une logique implacable celle du mariage et permet à des centaines de juges et à des milliers d’avocats de gagner leur vie, est devenu un formidable accélérateur d’égalité, prenant à Paul pour remplir des poches de Pauline. Les hommes sont désormais défaits, pulvérisés, réduits en miettes par leurs ex femmes qui transforment leurs ex époux en “hommes tiroir-caisse”.  Cette situation est évidemment décrite avec un humour et une dérision qui fait plaisir à lire d’autant que Paul Job parle en connaisseur  ayant été lui même réduit à la fallite par celle qui fut pendant vingt la femme de sa vie. Le paradoxe que pointe Job n’est pas qu’un époux paie une indemnité compensatoire mais plutôt qu’il soit obligé de le faire indéfiniment alors même que cet autre est largement autonome financièrement. Paradoxe qui conduit l’ex époux à se déplacer en trotinette pendant que l’ex épouse s’offre un 4X4.

Ayant été moi même enfant du divorce je ne peux que souscrire à ce triste tableau de la vacherie humaine, du dépit amoureux et finalement de l’incapacité de ne pas réclamer un prix allant bien au delà de ce qui serait raisonnable,  la plupart des divorces étant affaire de déraison.

Soyons objectifs certains divorces se passent très bien mais reconnaissons que beaucoup se transforment en tribunaux de l’inquisition et que les perditions amoureuses  engloutissent parfois une part léonine  des revenus masculins au point que certains ne travaillent plus que pour payer ces fameuses indeminités compensatoires. Les déroutes sentimentales se doublent pour beaucoup d’hommes d’une Bérézina financière.  Double peine donc, et je ne parle pas des enfants qui paient eux aussi cash les tentatives de prises d’otages que peuvent tenter l’un ou l’autre parti. Mais sur la question des enfants je ne ferais pas de commentaire tant mon expérience rendrait mon propos politiquement incorrect et me porterait bien au delà de ceux de Job.

Ma femme m’a plumé est aussi une enquête sur l’évolution du divorce dans la société française depuis près de trois siècles. L’analyse des articles 212, 213, 214, 214, 220-1 et 371-1 du Code Civil, ceux là même que l’officier d’état civil lit aux jeunes mariés lors du passage en mairie, est savoureuse et pointe toute l’hypocrisie sur laquelle l’institution du mariage est construite. Ce constat est finalement une invitation à ne plus se marier tant les risques sont grands pour ceux qui s’apprêtent à devenir maris de perdre toute autonomie financière en cas de divorce.  Il ne restera alors plus que l’amertume et le ressentiment. Un divorce correspond pour beaucoup à l’expérience de la radicalité .  Job écrit à propos de sa femme : “ Quand nous vivions encore ensemble , l’un de ses mantras  était qu’elle était une femme “qui pardonnait mais n’oubliait pas” L’avoir quitté m’avait permis de comprendre qu’elle mentait sur un point : elle n’oubliait rien et ne pardonnait jamais. Au fait pardonner quoi ?”

Si le sujet peut paraitre austère l’ouvrage de Job est un pur bonheur de lecture. L’homme à de l’esprit et ses sentences sont dignes des moralistes du XVII eme. Par ailleurs l’immense culture cinématographique de Job est mise intelligemment à contribution pour illustrer l’évolution du mariage et de son corrolaire, le divorce.  

Je ne peux  me priver de partager avec vous en guise de conclusion quelques lignes qui résument assez bien le propos de Job : “ La vie est un risque. Elle nous ménagera des éblouissements et des revers de fortune. Des rencontres et des séparations. Des passions et des déchirements. La vie finira par nous tuer. Et rien de ce qui nous arrive n’est dû. Pourtant , la plupart de nos aventure contemporainesne sont que démarches pour obtenir des couvertures, des compensations, des corrections, des ajustements, des dommages, des intérêts, avant même d’avoir entrepris le moindre projet. La société postmoderne veut tellement notre bien qu’elle nous a infantilisé, instrumentalisé et considéré comme une population en éventuel danger. Zéro défaut, zéro risque, zéro aléa, voici notre idéal. C’est le sens de l’intrusion de l’Etat dans chaque aspect de notre vie : santé, amour, identité, etc. (…) Le concept de prévention s’est mué en prophylaxie nouvelledes sociétésintitulés “principe de précaution”. Attention, chaque geste, chaque pensée que vous entreprendrez pourra se retourner contre vous.”

 

ARCHIBALD PLOOM © Culture-Chronique (2012)

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