PHRAZES FOR THE YOUNG de JULIAN CASABLANCAS :

Quand un leader de groupe sort un album solo, c’est souvent pour purger un reliquat de compositions un peu trop personnelles. Mais chez les Strokes, cela relève plutôt de la culture de gang puisque chacun des membres du groupe à produit le sien. Albert Hammond Jr s’est payé d’un « Como Te Llama » fort bien ficelé. Nikolai Fraiture, à travers « Nickel Eye », nous a offert « The Times Of Assassins » avec quelques jolies réalisations dont la sympathique « Brandy of damned ». Enfin, Fab Moretti a développé à travers « Little Joy » un projet qui tient la route. Vous comprendrez que Julian Casablancas, leader du groupe, était attendu au coin du bois. Il franchit l’obstacle avec toute la grâce du dandy New-Yorkais qu’il est…

Si les deux premiers titres, « Out of the blues » et « River Of Brake Lights », possèdent indubitablement la marque de fabrique des Strokes. Le reste de l’album est beaucoup plus personnel. Notons d’ailleurs au passage que Julian jouit d’un avantage considérable sur ses petits camarades. Comme Lou Reed qu’il vénère, il est doté d’un véritable organe ! Cette voix légèrement abimée –indispensable accessoire de la panoplie du beau gosse qu’il est - promène sa feinte indifférence au long de huit titres pleins de saveurs qui ne peuvent que susciter l’intérêt ou la surprise. L’intérêt, parce que Casablancas nous propose une œuvre ramassée – seulement 8 titres – mais efficace.  

Notons au passage « 4 Cords of the Apocalypse » aux reflets franchement Soul et l’amusante « 11th Dimension » tout droit sortie d’une production des années 80, sans oublier « Ludlow St » dont les arrangements envoutants nous entrainent dans une troublante rêverie. La surprise, quant on s’aperçoit au terme de l’écoute intégrale que l’album est franchement dominé par les synthétiseurs. A croire que notre leader en goguette a passé en revue l’intégrale d’Ultravox. Les aficionados des Strokes crieront au scandale et, à mon sens, ils auront tort car l’alchimie fonctionne entre les vieux coucous à guimauve et les guitares élégantes de notre apprenti pop songers. « Left & Right in the Dark » est dans ce domaine une belle réussite d’hybridation. Casablancas a réussi le pari de nous surprendre, c’est une marque de personnalité. Ne boudons pas notre plaisir.

Archibald PLOOM (2011)

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