Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
SEANCE 76 : LE SEXE :

Quand on n’en  parle pas, les autres pensent qu’on est coincé. Quand on en parle on passe pour un obsédé.

Il y a avec ou sans sexe.

Beaucoup se vantent de trop de sexe, personne ne se vante de pas de sexe.

Quand je croise les gens ils m’arrivent de me demander s’ils font partie des avec ou des sans, cela m’amuse.

Pour ceux que je côtoie de près, je n’y pense même pas : c’est tabou.

Un nouveau couple s’est formé à la maison de retraite de ma mère. Lui fumait, elle s’est mise aussi à fumer ; elle le suit partout, ils ne parlent pas, ils se suivent. 

Lui n'est pas mal. Je n’arrive pas à lui donner d’âge. Elle est une ancienne danseuse sans enfant. Ses nièces l’ont déposée un été en lui disant que c’était pour les vacances mais elle n’est jamais repartie. Elle a encore son port de danseuse, elle est élancée. Elle a perdu presque toutes ses dents ce qui ne l’empêche pas de sourire.

Il n’y a aucune intimité dans une maison de retraite, aucune place prévue pour le sexe.

Le sexe s’affiche outrageusement sur les bandeaux publicitaires d’internet.

C’est le côté qui me dégoute.

J’aime le sexe, je n’aime pas l’image qu’on en donne.

Je n’aime pas la pornographie car elle manque de sensualité.

Il faudrait une pornographie plus féminine qui correspondrait d’avantage à ma sensibilité.

Un huis-clos, un homme une femme un lit me suffirait, sans les ongles longs, sans les talons aiguilles, sans le côté « putain » et  sans le côté étalon, sans les performances, sans les multiples partenaires et surtout sans les dialogues !

Un film dans lequel je puisse enfin me projeter.

Chez moi personne ne parlait jamais de sexualité, sujet tabou.

Il y avait  seulement un manuel de sexualité qui traînait avec des photos vieillottes peu rassurantes, on aurait dit un manuel scolaire.

J’avais trouvé dans la bibliothèque un livre au titre évocateur : « Les belles endormies » de Kawabata. Je lisais des passages en cachette.

Je n’ai gardé aucun souvenir du récit, je n’ai conservé que le souvenir de cet interdit que je bravais, ces pages avaient alors une saveur toute particulière.

Aucun film ne peut procurer ce que l’esprit s’invente en lisant.

Il devrait se trouver dans toutes les bibliothèques des livres aux titres évocateurs. Qu’ils parlent ou non de sexe, cela importe peu.

ALICIA RAHO (2012)

 Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure

© Culture-Chronique -                                               -

--   Lire la séance suivante

--   Relire le feuilleton des séances depuis le début

--   Classement Romans CULTURE CHRONIQUE

--   Le site de l'illustratrice

--   Le Facebook d'Alicia RAHO

--  S'inscrire à la Newletter

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :