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LES CARNETS LITTERAIRES DE MARCELLINE ROUX (7) :

Cette fois, j’en suis sûre : il n’y aura pas de lien entre les livres présentés. Tous me sont venus d’horizons différents. Le premier m’a été conseillé par un ami musicien lors d’une soirée de retrouvailles à Lyon. Nous parlions de nos dernières découvertes littéraires et il me dit avoir lu un auteur japonais, décadent, suicidaire, alcoolique : Osamu Dazai. J’avoue n’avoir pas retenu le nom ce soir-là mais le lendemain dans une librairie, il me prend l’envie de tester le libraire. Je prononce vaguement quelques syllabes approchantes me souvenant absolument plus du prénom de l’auteur et voilà le libraire tout disposé à partir en quête. Il énonce très distinctement : Osamu Dazai et me réjouit. C’est stimulant l’instant où le livre que vous cherchez devient réalité. Une étape est franchie mais possède -t-il  dans sa librairie un des ouvrages de cet auteur ? L’ordinateur signale un livre de poche dont le titre est Pays Natal. Reste à trouver où il se cache dans les rayons. Un premier regard ne donne rien mais le libraire est un obstiné comme je les aime et il finit par dénicher l’oiseau rare.  Il ajoute : « il vous attendait ». Tout cela peut sembler anecdotique et pourtant cela compte pour une entrée en lecture, comme autant de signes qui mettent en route vers les pages à venir et je ne fus pas déçue. Rien d’attendu dans ce Pays Natal : pas de scandales, de drogues mais le journal d’un voyage qui rassemble les traces éparses d’une vie. Cette écriture glane les indices : amis, paysages, propos de table,  entretiens littéraires, souvenirs d’enfance. Elle puise à tout pour atteindre une simplicité qui réconcilie chacun avec lui-même dans la preuve que la familiarité aux choses, aussi humbles soient-elles, dessine nos chemins d’amour et d’amitié et offre une nostalgie heureuse et non angoissée du temps qui passe.
 
Autre lecture imprévue, mais finalement un fil se tisse : celui du hasard…je n’y peux rien. Nos lectures sont donc toujours reliées d’une façon ou d’une autre…Là, c’est l’imprévu, l’acceptation de lire ce qu’offrent rencontres et conversations. C’est l’art du détour qui m’a amenée à lire Bouddha et Cie de Doris Dörrie. Une amie me parle d’un film qu’elle vient de voir et qui l’émeut, elle parle de fleurs de cerisiers et d’une danse finale au milieu des arbres. Des images me reviennent spontanément celles de Rêves de Kurosawa mais le film dont elle parle n’est pas Rêves, plutôt une sorte de réécriture de ce film par une allemande : Doris Dörrie. Je ne trouve pas le film mais un livre. Curieuse, je feuillette les premières pages et je me laisse embarquée. L’humour m’a tout de suite séduite : un regard décapant sur un contemporain, quarantenaire allemand, qui accompagne sa fille adolescente pour une retraite dans un monastère bouddhiste. L’adolescente est tombée amoureuse d’un lama et ses parents redoutent de la voir enrôlée dans une secte. Le personnage masculin se retrouve à subir les torturantes séances de méditation, les nuits en dortoir, le riz brun à mâcher et le silence imposé. Sa façon de ne pas succomber au charme bouddhiste est vivifiante. Dans sa tête, défilent toutes les bizarreries et résistances désopilantes qu’il bâtit pour demeurer à bonne distance. Toutefois, la sagesse va finir par l’atteindre, telle un coup porté, la brutalité du coup laissant le lecteur déboussolé. On s’éloigne à grand pas du ton de la première partie. La légèreté serait-elle refusée au peuple allemand ? L’initiation se fait-elle nécessairement  par des chemins plus complexes et plus redoutables ? Je ne sais à la fin de cette lecture, commencée par hasard, poursuivie en me trompant d’interprétation, que penser de cette fin ? La lourdeur ne serait pas exempte de profondeur ?
 
La dernière lecture est fruit de la providence des rencontres même si celle-là était programmée pour le printemps des poètes : rencontre avec Bernard Noël. J’ai été impressionnée par l’intensité de présence de cet homme, et par la douceur de sa voix, qui ne semble créer rien d’autre que l’être. Se pouvait-il qu’il existe un lien entre l’homme et l’écriture de La maladie du sens ? La voix du livre est celle de la femme qui vit à côté de Mallarmé, femme qui écoute, cherche à comprendre à mi-mots le poète et sait tout ce qui lui échappe. Pourtant être là, même à côté, est indispensable pour elle comme pour lui. Ce court récit tisse l’infime à la façon d’Henry James mais au plus français de la langue. Les mots filtrent comme autant de courbes à laisser couler sous nos yeux. Rien de trop. Cette voix de femme symbolise celle de tout lecteur : celui qui est au plus près du texte, de l’auteur et qui pourtant sera toujours à côté, tentant chaque fois par ses interprétations, ses recherches, ses chemins, d’interroger l’oeuvre, de faire sens tout en percevant ce qui lui échappe interminablement et qui accorde à sa lecture une vie nécessaire et infinie.
 
MARCELLINE ROUX (2011)
  La liste :
  Pays Natal/Osamu Dasai /Picquier Poche
  Bouddha et Cie /Doris Dörrie /Belfond
 La Maladie du sens /Bernard Noël /POL

 

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marcelline.roux@laposte.net

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