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VIVIANE ELISABETH FAUVILLE de Julia DECK :

Il faut toujours se méfier des cadeaux de mariage, ils peuvent parfois avoir des destinations insoupçonnées. Mais de là à imaginer qu’un couteau de marque – justement offert par votre maman avec sept autres dans un joli coffret le jour de votre mariage avec l’homme qui vient de vous quitter - va finir dans le ventre de votre thérapeute alors même que vous venez  d’accoucher, il y a une distance que seule la dimension romanesque est capable de brillamment combler.

Le lecteur sera d’abord frappé par la banalité de la situation narrative. Les femmes à bout après une grossesse et abandonnées dans la foulée par un mari décidément assez peu mari, sont légions. Tout le monde en connaît.  La caractéristique de Viviane Elisabeth Fauville épouse Hermant, serait peut être d’avoir légèrement dépassé la limite du tolérable, celle justement où chaque situation qui s’ajoute vient durement percuter une tête qui a déjà encaissé quelques uppercuts de trop. Le KO n’est pas loin  mais justement… comme un boxer  blessé Viviane Elisabeth va frapper à l’aveugle dans le noir de sa vie, elle qui habitait justement rue Louis Braille.

                                         

                                                                                                                    Julia Deck 

Et bien oui, alors que celui-là même qui était censé l’aider, son thérapeute, triste figure lui aussi, banalement impuissant, nul,  totalement dépassé par la situation  et semble-t-il  légèrement narquois ne parvient à émettre qu’un discours creux, sans intérêt et surtout – c’est ce qui le perdra – un peu trop condescendant ;  et bien toute malheureuse, débordée et affligée qu’elle peut l’être, Viviane Elisabeth Fauville va poignarder le vilain bonhomme ne réglant pas sa consultation ce jour-là… La scène vaut le détour littéraire. 

La performance de l’auteur ne tient pas seulement dans sa capacité à rapporter ces faits dramatiques mais aussi  à plonger  le lecteur dans les méandres d’un esprit tourmenté. La banalité même de la situation crée un effet de proximité avec une héroïne terriblement humaine dans sa détresse.  L’enquête de police en arrière fond rappelant la présence des rives lointaines d’une réalité qui semble désormais échapper à la responsable de la communication des Bétons Biron – car c’est le métier de notre  assassin – au point  qu’elle va  chercher dans Paris les suspects possibles du crime qu’elle vient de commettre : une veuve pas vraiment éplorée, une jeune doctorante  rousse qui fut aussi la maîtresse de notre psychanalyste et un petit voyou de banlieue.  Des rencontres improbables mais magistralement relatées  par  Julia Deck  qui  réussit avec Viviane Elisabeth Fauville un premier roman qui laisse présager une  jolie carrière à venir.  

ARCHIBALD PLOOM (2012-2013)

© Culture-Chronique -                                                                                                           -

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