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CARNET 45 : TOURNER LA PAGE D'UNE ANNÉE :

Tourner la page d’une année !

Quand l’année se finit, on égrène les événements passés. A la radio, c’est le temps des « remember » et des coups d’oeil dans le rétroviseur. Les journalistes ont l’art de choisir des faits marquants angoissants, et leur litanie est vraiment déprimante. On se dit, chouette, cette année est terminée, et ce fatras disparaîtra. On se sent prêt pour une année toute nouvelle, joyeuse, harmonieuse. Tous les voeux vont dans ce sens et il en faudra un sacré paquet pour changer le cours des choses.

En lectrice qui se respecte, je ne me laisserai pas emporter par ce flot mais égrènerai à ma manière l’année écoulée. Un stock de magazines, dits littéraires, tous ceux d’un abonnement 2012, déposés par une amie, fut une formidable aubaine. Je décidai de feuilleter à ma guise l’année versus littéraire.

Un après-midi, installée confortablement dans un fauteuil, je pris très au sérieux mon feuilletage. Je collectionnai des noms d’auteurs et des titres, consciente de l’importance de la production éditoriale d’une année. Je n’avais pourtant sous les yeux que la sélection des critiques de cette rédaction. Je repérai des noms connus de moi, des titres aussi...tout en  m’avouant que j’en avais lu très peu... Une fois de plus, j’ai dû accepter ne pas être dans le coup. C’est la faute à Voltaire, non, c’est la faute à Roubaud : il a occupé plus de six mois de mon année de lecture en 2012 ! Et je ne regrette rien ! L’avantage de ce parcours accéléré des articles, c’est que loin de me culpabiliser, de mettre en évidence mes lacunes, tous ces textes élogieux m’apparurent peu à peu comme obsolètes. J’avais honteusement l’impression d’avoir fait des économies de temps. Soyons honnête, j’ai lu avec attention deux entretiens, l’un avec Elfriede Jelinek, l’autre avec Umberto Ecco avec la sensation d’être passée à côté de quelque chose d’essentiel...

Tu devrais rougir, Marcelline, de balayer sans remords une année d’écriture. Tu seras punie l’année qui vient ! Tu ne trouveras plus de pépites à glisser sous ta lampe. Si les libraires font faillite, les auteurs ne trouvent plus personne pour les éditer et chroniquer leurs textes, si les bibliothèques se transforment en déserts, que deviendras-tu Marcelline ? Imagine 2013, version Farenheit 451 ! Repends-toi ! Ne crache pas dans la soupe ! C’est le temps des fêtes ! Alors, fête les libraires, les auteurs, les éditeurs, les critiques et les bibliothécaires, une fois n’est pas coutume... Souhaite-leur longue vie pour que les lecteurs aient l’embarras du choix et de nombreuses perles à ranger dans leur bibliothèque !

Un père Noël féminin a judicieusement glissé dans ma besace « Gustave Roud » par Gérard Titus Carmel aux éditions Jean-Michel Place, contrepoison à la lassitude qui risquait de me gagner ! Gustave Roud est le poète qui a marché, une vie durant, à travers la campagne Suisse du côté du Jorat, loin des villes et des éditeurs, près des faucheurs, des vanniers et des laboureurs... Sa récolte d’écriture en est imprégnée. « Retranché dans une solitude presque entière par la constance de ce rendez-vous manqué avec le monde et les êtres qui comme lui, ne font que l’effleurer, Roud s’est résolument tourné vers le paysage »... «  Il s’abîme dans la contemplation des nuages qui filent et suit leur course ». Il écrit : « Ma solitude était celle qui, dès le printemps, n’ayant rien à dire à personne, dit adieu chaque soir aux arbres, aux plantes qui s’endorment, et ne connaît pas le sommeil qu’elle n’ait eu le temps de sourire de ses larmes ». N’avais-je pas l’urgent besoin de battre la campagne pour débuter l’année nouvelle, « d’avancer sur une route sans limites » et oser laisser le bruit de l’année ancienne s’assourdir ? La mélancolie et le doute risquent encore de pointer leurs museaux, je m’adosserai alors au tronc d’un hêtre, me déposerai sur un banc, tel un voyageur fatigué, même si rien ne survient. Il me faudra juste continuer d’appeler... Et si cette fois nous étions nombreux à appeler ainsi : nos voeux et l’année débutante se chargeraient peut-être de couleurs nouvelles sans fatras ! Allez, que 2013 nous mettent en marche à la façon de Gustave, en silence, en solitude et au milieu des paysages, cela ne nous fera pas de mal !   

 MARCELLINE ROUX (2013)  marcelline.roux@laposte.net

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