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TROIS AMERICAINES A PARIS d'Alice KAPLAN :

Il y a des livres qui arrivent à point nommé. Ils correspondent à un moment que vous vivez, un peu comme une concordance. Vous ne savez pas pourquoi ils vous touchent autant. C'est un peu comme rencontrer quelqu'un qui respecte vos secrets. Ce livre est arrivé un jour "gris", teinté d'amertume. Un de ces jours sombres ou l'on voudrait pouvoir donner un autre sens à sa vie. On se prépare alors à descendre au fond de la mine des mots pour tenter d'en extraire une pépite de poésie pour retenir quelque chose qui s'en va. On parle souvent de l'enchantement des livres, mais pas de ce qui s'y dissimule et qui fait qu'on s'en rapproche. Ils nous réhabilitent. C'est un lientacite, universel, difficile à définir. Un espace privé qui n'appartient qu'à soi mais qui peut se concevoir dans le partage. Le jour ou je suis tombée sur ce livre, j'ai eu le sentiment qu'il venait toucher un point sensible de ma personne.

Trois Américaines à Paris raconte l'histoire de trois femmesillustres, incarnant les aspirations de trois générations successives. Leur séjour à Paris met en lumière tout un pan de l'histoire culturelle et intellectuelle de la France. Il modifia leur rapport au corps, aux mots. Il aiguisa leur conscience d'être au monde. La France a su éveiller en chacune d'elle leur esprit critique et d'aventure. Paris abrite des lieux conçus pour voir ou être vus. Chacune s'est approprié ces lieux à sa manière, selon son histoire. C'est tout leur ressenti. Ce qu'elles doivent à la France et ce qu'elles en ont transmis. Et l'idée qu'elles se sont faites, chacune, de ce qui compte vraiment dans la vie. . .

La première Jacqueline Bouvier, dite Jackie Kennedy est déjà une femme déterminée, pressentie pour jouer un grand rôle. Paris exerça sur elle une véritable fascination qui dura 30 ans. Sa famille l'a convaincue d'entreprendre ce  voyage en Europe en 1949. "C’est mieux qu’un beau mariage". Elle a la vie devant elle et le vent en poupe. La maîtrise des apparences est déjà totale chez elle : "elle sait l’art de capter la lumière. Jacqueline a été portée vers l'image, sans narcissisme inutile "révèle Alice Kaplan. On découvre une fille authentique, dotée d'une grâce naturelle, amoureuse des belles lettres, avide de liberté intellectuelle. Ses journées sont rythmées par les visites du Louvre, ses lectures, ses découvertes : Baudelaire, Proust. . . Le milieu aristocratique dans lequel elle évolue à Paris lui donne les clés pour se confronter au rôle qui l'attend. Son regard sur le monde la met au pied du mur, face à son destin avec un réel désir d’en tirer le meilleur parti. Son français presque pur lui permettra de communiquer avec des hommes célèbres tels que De Gaulle et Malraux sans paraître ridicule. Toute en délicatesse, elle commence d'abord par se poser en spectatrice avant de se projeter sur la scène de sa vie.

La seconde, Susan Sontag eût un autre destin. Les fées ne se sont pas penchées sur son berceau. Elle connut des débuts difficiles. Issue d'un milieu modeste, elle dût composer avec sa vie. Sa seule échappatoire était le goût des études qui lui vint très tôt et dans lesquelles elle excellait. Elle prit les chemins de traverse. Ce qui l'amènera à goûter à certaines expériences :le féminisme et l'homosexualité. À Chicago, elle épousera Philip Riel, un intellectuel juif, spécialiste de Freud avec qui elle aura un enfant mais dont elle s'ennuiera très vite. Son voyage à Paris de 1957 à 1958, axé sur son éducation sentimentale et artistique, mettra du piment dans sa vie. Une nouvelle femme va éclore, issue de la nouvelle vague, adepte du nouveau roman. Enseignante en philosophie des religions à l'université de Columbia, elle prend part à l'élaboration de magazines célèbres tels que le New Yorker. Très engagée à gauche, proche de R.Barthes et compagne de la photographe A.Leibovitz, elle milita activement contre la guerre du Vietnam et de l'Irak. Elle s'est fait connaître par ses essais sur la littérature et l'art. Celui qu'elle écrivit sur la photographie fût très remarqué et considéré comme l'un des ouvrages sur le sujet les plus importants de son époque. Il a influencé toute la pensée sur la photographie. " Écrire sur la photographie, c'est écrire sur le monde".

La troisième, Angela Davis a ma préférence. Militante des droits civiques, plaidant la cause des noirs dont elle est issue, appuyée par sa famille, elle sillonne tout au long de sa vie la Méditerranée et voyage à l’intérieur des cultures et des individus. Durant sa jeunesse, elle est profondément marquée par son expérience du racisme, des humiliations, par la violence omniprésente qui règne autour d'elle. Ce qui est à l'origine de sa vocation. Brillante étudiante, elle se plonge dans les œuvres des existentialistes français (Sartre, Camus) qui l'amèneront à Paris en 1962. "La ville lui paraît d’autant plus blanche que Malraux vient de la faire récurer !". Elle devient une militante active du féminisme et se heurte au sexisme. Son engagement au mouvement des Black Panthers lui vaut d'être surveillée par le FBI. Accusée à tort d'un assassinat, son procès va défrayer la chronique et passionnera toute l'intelligentsia de Foucault à Genet. Ils défileront tous pour prendre part à sa cause. Aragon en tête du cortège. Sa vie ne peut être résumée en quelques lignes tellement elle est "riche". Ses essais et ses discours en témoignent et font d'elle l'une des intellectuelles radicales les plus connues de l'époque.

Je me suis laissée emporter par la "fièvre" de ses portraits de femmes bien ficelés, au caractère bien trempé qui ont laissé une trace de leur passage sur terre.

LYDIE POESIE (2013)

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