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CARNET 47 : LA LUTTE AVEC L'ANGE :

  La galette avec du beurre dedans : un bon dopant pour lutter avec l’ange !

« J’aime la galette, pourvu qu’elle soit bien faite, avec du beurre dedans » dit la chanson. Du moins, c’est ce que j’ai lu sur le paquet de la boulangère et l’air m’est revenu aussitôt. Il faut dire que dans le Nord, ils font des galettes comme nulle part ailleurs, à ne louper sous aucun prétexte. L’épiphanie n’est pas que la fève dans le gâteau, c’est aussi la fameuse histoire des rois mages. J’ai appris ce matin à la radio, que mage est celui qui sait lire le ciel et interpréter les étoiles. Gaspard, Melchior et Balthazar n’avaient pas les yeux dans leurs poches. Ils ont compris le message, suivi l’étoile et après un court passage chez Hérode, trouvé illico le messie. A côté d’eux, des flopées de savants, qui observaient les écritures depuis des lustres, n’ont rien venu venir... Hérode avait un gros doute et il aurait bien voulu se servir des trois lascars pour trouver l’endroit où se cachait le nouveau roi des juifs mais voilà, les mages ont été alertés par un ange et Hérode est demeuré dans l’ignorance...Je me dis en écoutant une nouvelle fois cette histoire que finalement lire, décrypter, analyser, interpréter constituent depuis des siècles notre humanité. Sans cet esprit-là, cette quête, nous demeurons d’ignorantes brutes...le nez collé sur le réel, au raz des pâquerettes. Il n’est pas même suffisant d’observer les écritures, il faut lever les yeux, avoir un coup de génie interprétatif et se mettre en route...pas mal comme petite leçon du jour !

                                                  

Cela m’a refilé le virus de l’interprétation. J’avais d’ailleurs quelques indices récents à élucider. Un ami écrivain m’avait donné rendez-vous sous La Lutte avec l’ange, la fameuse fresque de Delacroix, à Saint-Sulpice. Nous fûmes un peu marris car des échafaudages nous empêchaient de contempler l’oeuvre. En lot de consolation, cet ami m’a invitée à un bon repas. A cette étape, ma machine interprétative était encore rouillée. Deux jours après ce sympathique déjeuner, me revient le livre de Jean-Paul Kauffmann La Lutte avec l’ange, prêté il y a plus d’un an. C’est la vérité, je ne transforme rien même pour l’occasion d’une chronique. Le signe éclata comme le nez au milieu de la figure. L’ange faisait sa réapparition, version boomerang. N’étant pas mage de nature mais prête à prendre des cours de rattrapage, je compris ce qui était plus que limpide : il me fallait relire ce texte. J’ai retrouvé intact le plaisir de cheminement derrière l’enquêteur Kauffmann, son goût des indices, des signes, des interprétations. Je tenais mon maître mage ! J’ai suivi les allers-retours de Delacroix, de Sénart, à Augerville, à la forêt d’Argonne, comme autant de digressions, de façon de lever les yeux, de reprendre de l’énergie pour mener la confrontation avec le mur humide, mal exposé, qui absorbait les couleurs, de Saint Sulpice… mais bizarrement celui qui m’appelait dans cette nouvelle lecture c’était Jacob : encore une drôle d’histoire ! Jacob est celui qui trahit son père en volant le droit d’aînesse de son frère, c’est celui qui tente de racheter le pardon de ce dernier en lui envoyant des troupeaux de moutons, c’est celui, qui père à son tour, se fera berné par deux de ses fils, qui connaîtra la tristesse profonde, croyant Joseph, son fils, mort, perte, qui s’avèrera être un nouveau mensonge. Cette histoire est une suite incroyable de renversements et de mensonges et un travail profond de la conscience...Chaque personnage croit mentir de façon judicieuse, mettre en place tous les signes pour maquiller la réalité sur plus de 20 ans, se retrouve cependant démuni face à l’assaut de sa conscience. La Lutte avec l’ange symbolise un passage essentiel pour Jacob. Il aurait dû être abattu et pourtant il sort vivant du combat, boiteux mais vivant ! L’ange n’est pas dupe, il sait lire. Il connaît Jacob sur le bout des doigts et il le laisse passer. Au lever du jour, il le laisse franchir le Yabboq car Jacob s’est confronté seul, en secret, à sa propre vérité. Kauffmann aurait pu être roi mage, il sait lire dans les creux de la fresque, les silences du texte de la genèse, mais surtout, il sait ne pas tout apporter sur un plateau. Il invite son lecteur à aller y voir, à chercher par lui-même ce que raconte cette incroyable lutte et ce qu’elle a pu dire à Delacroix. Aujourd’hui, cet ange aux gros mollets semble toujours nous dire quelque chose. Entre chair et esprit, le combat reste à vivre ! Le mensonge fait partie de l’histoire et dieu n’en semble pas tellement surpris. Il sait que la réalité ne se lit pas d’un coup, qu’il faut parfois bien des détours et des « mentirs vrai ». Vais-je encore pouvoir digérer ma galette après tout cela ?

 MARCELLINE ROUX (2013)  marcelline.roux@laposte.net

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